Ministre des Affaires Etrangères, de l'intégration Africaine et des Togolais de l'Extérieur - Togo
Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le Post-Cotonou 2020 - Professeur de philosophie politique

Prof. Robert Dussey

Ministre des Affaires Etrangères, de l'intégration Africaine et des Togolais de l'Extérieur - Togo
Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le Post-Cotonou 2020 - Professeur de philosophie politique​

Visite du président Erdogan au Togo : l’économie au cœur des discussions

– Déclaration du Ministre togolais des Affaires étrangères dans une interview exclusive accordée à l’Agence Anadolu.


AA / Lomé / Alphonse LOGO

A la veille de la première visite de travail et d’amitié du président turc Recep Tayyip Erdogan au Togo, dans le cadre d’une tournée africaine entamé le dimanche 17 octobre 2021, Prof. Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des togolais de l’extérieur a accordé un entretien exclusif à l’Agence Anadolu (AA). 

Dans cet entretien, le chef de la diplomatie togolaise dit tout sur les relations politico-économique et diplomatiques entre les deux pays, le Togo et la Turquie. Ces relations se sont renforcées ces derniers mois avec l’ouverture d’une ambassade de la Turquie au Togo.

Recep Tayyip Erdogan sera accueilli ce mardi 19 octobre par son homologue togolais Faure Gnassingbé, qui devrait être entouré des présidents burkinabé Roch Marc Christian Kaboré et libérien George Weah. Une séance de travail entre les Présidents togolais et turque est programmée.

Le chef de la diplomatie togolaise assure que «l’économie occupera une place importante des discussions entre les deux parties». Le Togo se positionne comme porte d’entrée des investisseurs étrangers en Afrique. Entretien.

AA : Pour la première fois de l’histoire, un président turc est annoncé à Lomé. Comment peut-on expliquer cette visite maintenant au Togo ?

Robert Dussey : Cette visite est tout simplement l’expression de l’excellence des relations d’amitié et de coopération qui existent entre le Togo et la Turquie ainsi que de la convergence de points de vue des deux Chefs d’Etat, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE, S.E.M. Recep Tayyip ERDOGAN sur un certain nombre de questions d’intérêt commun.

Cette année la Turquie a ouvert une ambassade à Lomé et le Togo s’apprête aussi à ouvrir son ambassade à Ankara.

Le moment est donc idéal pour que les deux Chefs d’Etat se rencontrent pour approfondir les discussions sur ces questions et aussi pour donner une nouvelle impulsion à la coopération entre les deux pays.

Il faut aussi souligner que l’année 2021 est une année particulière en ce qui concerne les relations entre la Turquie et l’Afrique en général, puisque la Turquie est en train de préparer activement le troisième sommet Turquie-Afrique qui devrait se tenir en fin d’année.

– Quelle peut être la portée politique et diplomatique de cette visite pour le Togo ?

Pour analyser cette portée, il faut se souvenir que le Togo appartient à un espace régional qui est l’Afrique de l’Ouest. 

La portée de cette visite ne s’arrête donc pas au seul territoire du Togo. Dans ses relations avec l’Afrique, la Turquie à l’ambition de contribuer significativement à la paix et la stabilité du continent, tâche à laquelle le Togo s’attèle également. 

Le Togo n’est pas le plus grand pays de la sous-région, ni par le territoire, ni par la taille de son économie. 

Cette visite est donc une forme de reconnaissance des efforts que le gouvernement déploie, sous l’impulsion du Président Faure Essozimna GNASSIGBE pour réformer son économie en vue de la rendre plus attractive et pour créer des opportunités d’investissement à travers les plans stratégiques que sont le Programme National de Développement (PND) et la Feuille de Route gouvernementale 2020-2025. 

C’est certainement aussi, comme je le disais plus haut, la reconnaissance du rôle actif qu’il joue dans la recherche de solutions à la situation sécuritaire difficile que connaît l’Afrique de l’Ouest.

– Ces derniers mois, vous avez effectué plusieurs visites à Ankara dans le cadre de la diplomatie économique dont vous êtes le chantre. On sait aussi que le Togo se positionne depuis quelques temps comme la porte d’entrée des investisseurs étrangers sur le continent africain. Peux-ton considérer que la dynamique est ainsi engagée entre la Turquie et l’Afrique à partir du Togo ? 

Le Togo, de par sa position géographique stratégique, les avantages du port autonome de Lomé, la présence d’importantes institutions financières et les réformes courageuses du climat des affaires qui lui a valu d’excellentes places aux classements Doing Business plusieurs années successives, peut-être une porte d’entrée naturelle pour le commerce et les investissements de la Turquie en Afrique. 

Les deux Chefs d’Etat se sont engagés à y œuvrer puisque l’économie occupera une place importante dans les discussions entre les deux parties. 

Comme vous le savez, la Zone de libre-échange continentale africaine est entrée en vigueur depuis le début de cette année. Grâce à cet outil panafricain, il est désormais très facile de déployer, à partir du Togo, n’importe quelle activité commerciale ou d’investissements sur le reste du continent.

Quelles est la balance des relations économiques entre le Turquie et le Togo ?

Entre 2017 et 2020, le Togo a importé de la Turquie 184 millions de Dollars US, essentiellement du textile, de l’agroalimentaire et autres produits manufacturés. 

Sur la même période, le Togo a exporté vers la Turquie des matières premières brutes pour une valeur de 13 millions de Dollars US. 

Comme on peut le voir, ces échanges restent limités, même s’ils s’accentuent progressivement. 

Cependant, nous espérons qu’avec la mise en œuvre de l’accord de coopération économique et commerciale que nos deux pays ont signé cette année et avec l’impulsion de la présente visite du Président Recep Tayyip ERDOGAN au Togo, la progression des échanges économique va s’accélérer dans les prochaines années. 

C’est dans cet objectif aussi que nous allons organiser un forum économique et commercial Togo-Turquie, ici à Lomé, pour offrir l’occasion aux hommes d’affaires togolais de rencontrer leurs homologues turcs pour discuter de partenariats d’affaires.

Que souhaiteriez-vous voir changer de ces relations après la visite du président Erdogan ?

Plusieurs domaines de coopération sont possibles entre le Togo et la Turquie. Il peut s’agir des infrastructures, de la santé, des industries, de l’éducation, de l’agriculture etc. 

Ce que le Togo souhaite, c’est de mettre encore plus l’accent sur les investissements, qu’ils soient publics ou privés, car l’aide publique au développement est bien sûr importante, mais les investissements sont indispensables pour réaliser la croissance économique et créer la prospérité. 

Le Togo souhaite, donc, que la Turquie devienne l’un de ses premiers partenaires économiques, qu’il s’agisse d’investissements ou d’échanges commerciaux.

Quel sera l’agenda de cette visite ?

Cette visite permettra de discuter au plus haut niveau des sujets d’intérêt commun que j’ai déjà évoqués. Il est également prévu des séances de travail au sein de groupes thématiques mixtes composés des représentant des ministères sectoriels concernés par les domaines abordés. 

On semble noter une forme de bousculade de l’occident aux portes de l’Afrique. Comment vous l’expliquez-vous ?

L’Afrique possède d’immenses ressources et constitue également un marché important. En plus, c’est un continent ou beaucoup de choses restent à construire. 

Cette situation offre des opportunités qu’aussi bien les pays plus développés que les compagnies multinationales comprennent et tentent de saisir. Pour ces acteurs-là, l’Afrique peut apparaître comme une sorte d’Eldorado, d’où cette ruée.

L’Afrique, continent du futur, l’Afrique, le continent de la reconquête occidentale ?

Comme je l’ai dit, l’Afrique regorge de ressources naturelles inestimables. Ces ressources peuvent attiser des convoitises. 

Les pays africains sont des Etats indépendants et souverains. 

Nos pays ont bien sûr besoin de partenaires étrangers pour mettre en valeur toutes ces ressources. 

Mais il revient à chaque pays de déterminer librement les partenaires et les types de partenariats qui sont les mieux adaptés pour sa situation et qui préservent le mieux ses intérêts, notamment ceux qui peuvent contribuer à son développement et au mieux-être de sa population.

Source : https://www.aa.com.tr/fr/afrique/visite-du-président-erdogan-au-togo-l-économie-au-cœur-des-discussions-/2396205

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