Réunion du CDL avril 2019 avec Damien MAMA du SNU au Togo

Les enjeux géopolitiques de la migration au XXIe siècle : atout ou menace à l’équilibre mondial. Tel était le thème du débat organisé mardi soir à Lomé par le Club diplomatique de Lomé (CDL). Invité Damien Mama, le coordinateur du Système des Nations Unies (SNU) au Togo.

Le phénomène migratoire est d’ampleur mondial et constitue désormais une question internationale majeure. Il toucherait un être humain sur 7, si l’on additionne les 740 millions de migrants internes aux 214 millions de migrants internationaux comptabilisés par les Nations Unies.

Si les migrations sont le plus souvent associées aux déplacements des ressortissants des pays les plus pauvres vers les pays riches, la réalité est plus complexe. A l’échelle mondiale, un tiers des migrants se déplace des pays en développement (sud) vers les pays développés (nord) ; un tiers, du sud vers le sud ; et le dernier tiers du nord vers le nord.

Les raisons économiques n’en sont pas les seules causes. La migration témoigne de la mobilité grandissante des personnes et de la densification des réseaux transnationaux économiques, culturels, matrimoniaux et religieux.

La plupart des régions du monde sont concernées, soit par le départ, soit par l’accueil, soit par le transit des migrants ; certains pays l’étant par les deux, voire les trois à la fois.

Les mouvements migratoires se développent particulièrement le long des grandes lignes de fractures géographiques, qui séparent des régions aux caractéristiques politico-économiques fortement distinctes : la Méditerranée, la frontière américano-mexicaine, ou celle entre la Russie et la Chine. Ces lignes de fracture sont en constante évolution.

D’anciens pays de départ sont rapidement devenus des pays d’accueil : c’est le cas de l’Europe du sud. D’anciens pays d’accueil deviennent des pays de départ, en particulier en Amérique latine (Argentine, Brésil, Chili, Uruguay), tandis que d’autres Etats ont surtout vu progresser leur population de migrants en transit (Maroc, Mexique, et Turquie).

L’Afrique subsaharienne, dernière région du monde à accomplir sa transition démographique, devrait enregistrer une forte croissance démographique avec une multiplication par près de 10 de sa population entre 1950 (180 millions d’habitants) et 2050 (plus de 1,7 milliards selon les projections des Nations Unies).

Ce décuplement de la population est un réel enjeu, notamment pour les zones désertiques du Sahel et pour les pays enclavés et aux ressources naturelles limitées.

Damien Mama
Damien Mama

Les migrants peuvent contribuer de deux manières au développement de leur pays d’origine. D’une part, ils transfèrent une partie de leur revenu, ressource tant pour les ménages bénéficiaires que pour les Etats d’origine.

Ces transferts représentent plus de trois fois les budgets de l’aide publique au développement. Les montants des transferts vers les pays en développement sont en progression continue pour atteindre plus de 400 milliards de dollars en 2018 selon la Banque Mondiale contre 6 milliards en 1970.

D’autre part, les migrants transfèrent des ressources immatérielles, telles leurs compétences (intellectuelles, techniques ou relationnelles) et sur un pan plus large des normes (comme l’égalité des genres), des valeurs civiques (respect du cadre collectif).

Ces transferts sont déterminants pour le développement mais les données sont encore trop parcellaires pour en évaluer les impacts.

Les migrants ont également la capacité d’œuvrer au sein du pays d’accueil en apportant une vitalité économique et sociale en s’insérant dans des dynamiques collectives.

En ce sens, la migration peut être un atout, a souligné Damien Mama lors de son exposé.

Créé à l’initiative de Robert Dussey, le ministre des Affaires étrangères, le Club diplomatique de Lomé est un cercle de réflexion apolitique qui reçoit à intervalles réguliers des personnalités togolaises et étrangères issues du monde diplomatique, politique et d’organisations internationales.

[Interview] Robert Dussey : « Si le chômage des jeunes perdure, on court à la catastrophe »

Créer des emplois et améliorer les conditions de vie de la population? Le gouvernement est dans les starting-blocks, comme l’explique le ministre des Affaires étrangères.

Professeur de philosophie devenu conseiller diplomatique du président togolais, Robert Dussey (43 ans) dirige le portefeuille des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine depuis septembre 2013. A peine rentré du sommet sur la migration de La Valette (Malte), il prépare celui sur la sécurité et la sureté maritimes, qui doit se tenir à Lomé en mars 2016.

PART-1JEUNE AFRIQUE: Selon la feuille de route du gouvernement, le quinquennat qui s’ouvre sera très social. Comment votre ministère compte-t-il y prendre part?

ROBERT DUSSEY: Ces dernières années, nous avons mis l’accent sur les réformes et sur la construction des infrastructures, mais nous sommes conscients qu’il n’y a pas que cela. La hausse de la croissance, dont le taux pourrait atteindre 6,6 % du PIB en 2016, ne se ressent pas encore sur le pouvoir d’achat des ménages. Ces prochaines années, nous souhaitons donc améliorer la vie des Togolais, leur apporter l’eau et l’électricité, faire en sorte que chacun puisse manger à sa faim… Nous espérons aussi pouvoir doter Lomé d’un centre hospitalier digne de ce nom et améliorer la couverture hospitalière du pays.

 

Comment la diaspora peut- elle mieux contribuer au développement du pays? Et quels sont les objectifs de « Réussite Diaspora »?

Sur 6 millions de Togolais, environ 2 millions vivent à l’étranger – 1,5 million en Afrique et 500 000 sur d’autres continents. Parmi eux, certains ont en effet des compétences dont notre pays pourrait bénéficier. Nous avons donc lancé un appel à candidatures pour qu’ils se manifestent. Un jury indépendant va sélectionner les meilleurs profils dans six catégories. Les candidats retenus seront présentés lors de la semaine de la diaspora, du 10 au 17 janvier. Dans le cadre d’un dispositif de co-développement, pour lequel nous avons le soutien du PNUD, de la Banque africaine de développement et de l’Union européenne, ceux qui voudront rentrer au Togo afin de monter un projet pourront bénéficier d’un financement pour faciliter leur retour et leur installation.

Le Togo s’apprête à accueillir un sommet sur la sécurité et la sûreté maritimes. Quels en sont les enjeux?

Le Président Faure Gnassingbé s’est engagé pour la réussite de ce sommet, qui se tiendra en mars. Tout est fin prêt et, dans les jours qui viennent, nous en connaîtrons la date exacte. Cinq sujets seront abordés: la piraterie; la traite des êtres humains, qui touche aussi à la question des migrants; la pêche illégale; la pollution marine; ainsi que la contribution de la mer au développement du continent.

Nous mettrons un accent particulier sur la migration. En six mois, plus de 1780 Africains sont morts en Méditerranée… Mi-novembre, lors du sommet de La Valette sur la migration, nous avons plaidé pour que les Africains qui prennent des risques sur les océans en quête d’un avenir meilleur en EuroPART-2pe soient mieux traités. Pendant des siècles, ce sont les Européens qui ont émigré le mouvement s’est aujourd’hui inversé. La migration ne devrait pas être traitée comme un problème. Duns notre perception, elle n’est pas négative.


Estimez-vous que les dirigeants africains offrent à leurs jeunes un avenir suffisamment Intéressant pour les dissuader de quitter leur pays?

Ils font en général d’importants efforts pour retenir les jeunes, qui représentent la moitié de la population de la plupart de nos pays. Au Togo, nous savons qu’il est urgent de résoudre la question de leur employabilité, de trouver une meilleure adéquation entre formation et emploi, de faciliter la création de PMB pourvoyeuses d’emplois, sinon nous ne pourrons pas les empêcher de vouloir partir. Et si le chômage des jeunes devait perdurer, alors nous irions vers une catastrophe. Regardez les rangs de Boko Haram et des Shebab: ils recrutent parmi les jeunes qui n’ont pas de travail… je pense que nos dirigeants en sont conscients et font ce qu’ils peuvent dans un contexte économique qui ne nous est pas toujours favorable.

 

Propos recueillis par GEORGES DOUGUELI
Article Publié dans Jeune Afrique du 29 nov au 5 déc 2015

Robert Dussey : ‘Il faut positiver la migration et aider les jeunes africains qui vont en aventure’

Robert Dussey, le ministre togolais des affaires étrangères, de la coopération et de l’intégration africaine est revenu sur le sujet de la migration, objet du sommet Europe-Afrique de La Valette tenu les 11 et 12 novembre dernier.

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, Robert Dussey a expliqué que le sommet a été l’occasion pour les africains de faire une autocritique sur la situation de l’immigration et de se rendre compte certains partent à cause des problèmes qui surgissent sur le continent. Il était également d’explorer les voies et moyens pour aider les africains qui sont en Europe.

« …On pense que la migration est négative alors qu’elle n’est pas négative. Il faudra la situer dans un contexte positif. Aujourd’hui tous les peuples de l’Afrique jusqu’aux Etats-Unis en passant par l’Europe ont subi des périodes de migration. Ces périodes de migration contribuent au développement de chacun de ces pays. Donc nous en Afrique, nous pensons qu’il faut positiver la question de la migration et aider les jeunes africains qui vont en aventure en leur trouvant des solutions possibles sur le continent africain », a déclaré M. Dussey.

Le Plan d’action adopté au sommet de La Valette prévoit une aide financière de 1,8 milliard d’euros pour l’Afrique. Le Chef de la diplomatie togolaise, a salué la volonté de l’Europe d’aider l’Afrique à résoudre l’équation.

Certains pays du continent sont sélectionnés dans le processus de Rabat et de Khartoum pour bénéficier de ce fonds afin de résoudre certains de leurs problèmes.
« Nous ne voulons pas dire que c’est mauvais que ce fonds soit mis à la disposition du continent africain. C’est une bonne chose mais c’est dans la pratique et dans la distribution de ces fonds et la résolution des problèmes, les causes… que nous pensons que ces fonds peuvent vraiment nous aider », a-t-il dit.

Pour Robert Dussey, l’Afrique prend vraiment au sérieux la question de la migration. Il fait observer que la forte migration africaine est d’abord sur le continent lui-même.

« Nous n’avons pas de problème de migration en Afrique parce que nous acceptons, nous comprenons que, sur tout le continent africain, bien qu’il y ait certains problèmes liés au visas…, que les africains peuvent circuler sur le continent. Le problème de la migration est d’abord européen parce que le sommet de Malte a été souhaité par la partie européenne et les africains ont répondu.», soutient M. Dussey.

Revenant sur la question de la sécurité maritime, le Chef de la diplomatie togolaise estime qu’il s’agit d’un problème d’actualité. En effet, plus de 1583 africains qui sont morts depuis janvier 2015 dans la méditerranée et le professeur Dussey souhaite que la question soit prise au sérieux.

Le sommet extraordinaire de Lomé, prévu en 2016 traitera de 5 sous-thèmes à savoir la piraterie maritime, la pêche illégale (pêche INN), la pollution marine, la traite des hommes dont la question de la migration, et enfin la contribution de la mer au développement de l’Afrique.

« Le sommet de Lomé est très important et est toujours d’actualité. Nous pensons qu’après la rencontre de la Valette et les conclusions et les plans d’action … vont nourrir les discussions au niveau africain lors du sommet de Lomé sur la problématique des traites humains et de la migration », indique le Professeur Dussey.

[VIDEO] Robert Dussey : “Les migrations africaines se font d’abord sur le continent africain”


Robert Dussey : “Les migrations africaines se… par Jeuneafriquetv

Alors que Lomé se prépare à accueillir un sommet de l’Union africaine sur la sécurité et la sûreté maritime au premier semestre 2016, où seront notamment discutées les problématiques des migrations, Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères était l’invité de Jeune Afrique. Il livre ses impressions sur le sommet Europe-Afrique de La Valette, à Malte, sur l’immigration et sur les solutions que peuvent apporter les États africains.