Robert Dussey: le président Faure Gnassingbé «à Paris» en décembre

Où en sont les relations entre la France et le Togo ? Faure Gnassingbé viendra-t-il à Paris au mois de décembre à l’invitation de président français, François Hollande, pour un sommet franco-africain ? Ces questions ont été au centre d’une rencontre, le jeudi 17 octobre 2013, à Paris, entre Laurent Fabius et Robert Dussey, les ministres des Affaires étrangères des deux pays. À l’issue de ce tête-à-tête de 40 minutes, le nouveau chef de la diplomatie togolaise répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, les relations entre le Togo et la France ne sont pas au beau fixe. Les deux chefs d’Etat ne se sont vus qu’une seule fois, il y a un an à New York. Est-ce que la rencontre d’hier a permis de réchauffer les relations entre vos deux pays ?

Robert Dussey : Dire que les relations ne sont pas au beau fixe entre la France et le Togo, ce n’est pas vrai. Les relations sont au beau fixe. Le président Faure Gnassingbé, a déjà rencontré le président François Hollande. Ca n’a pas été brièvement, une trentaine de minutes d’entretien, à New York. Et donc il n’y a vraiment pas de problème entre la France et le Togo.

Il n’y a pas de problème, notamment sur le Mali où les deux pays sont présents au sein de la Mission internationale de soutien au Mali (Minusma) ?

Le Togo est le premier pays qui a envoyé des troupes au Mali. Nous avons actuellement 1 092 soldats togolais sur le territoire malien. Les soldats togolais sont appréciés pour leur travail. Pour preuve, les Nations unies ne cessent de féliciter nos troupes sur le terrain.

Une dizaine d’officiers togolais ont été rapatriés subitement il y a un mois au Togo. Pour quelle raison ?

Je ne connais pas les raisons, mais je vous rassure que tous les soldats togolais sont bien notés et sont appréciés par les Nations unies.

Auraient-ils pu commettre une infraction ?

Les soldats togolais sont bien réputés pour le travail qui est fait au Mali.

Autre sujet d’actualité puisque le Togo est au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est bien sûr la République centrafricaine. Est-ce que la résolution prise la semaine dernière en faveur d’un appui à une force sous-régionale, ce n’est pas le service minimum ?

Je ne crois pas que ça soit un service minimum. D’abord il faut louer l’action et l’initiative de la France sur la résolution en Centrafrique, mais il s’agit d’abord de tirer une sonnette d’alarme. Dans les jours à venir, d’autres décisions seront prises pour les populations de ce pays.

Vous qui connaissez bien la Centrafrique, vous avez grandi à Bangui. Est-ce que les 3 000 ou 4 000 futurs soldats de la force sous-régionale suffiront à chasser les seigneurs de guerre de la Seleka qui mettent le pays en coupe réglée ?

Les chefs d’Etat de la région sont en train de se concerter pour renforcer les forces de la Cémac [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale] sur place, et la France va envoyer à peu près 250 soldats français pour sécuriser la ville de Bangui et aller à l’intérieur de ce pays.

Est-ce qu’un jour, on pourra voir des casques bleus en Centrafrique ?

Je le souhaite si les Nations unies, avec la résolution que nous avions prise il y a quelques jours, vont dans ce sens. Ce serait pour le bonheur de la population centrafricaine.

Est-ce qu’en réalité, les Américains ne bloquent pas ?

Je ne crois pas qu’il y ait un blocage. Tout le monde est conscient que si on ne vole pas au secours de la Centrafrique, ce pays va exploser soit d’abord dans une crise religieuse – ce n’est pas à exclure – et également parce que les acteurs politiques sont défaillants sur le terrain à certains niveaux.

Qu’est-ce que vous attendez de la conférence franco-africaine proposée par François Hollande au mois de décembre à Paris ?

C’est une conférence qui est la bienvenue pour sortir le continent de l’insécurité.

Mais des soldats français au Mali, en Centrafrique, est-ce que cela n’a pas un parfum de néocolonialisme ?

Personnellement, je ne crois pas. S’il n’y avait peu eu l’intervention de l’armée française au Mali, le Mali ne connaîtrait pas aujourd’hui la paix et un président démocratiquement élu, applaudi par tout le monde.

La lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, c’est l’une de vos priorités. Est-ce que la conférence de décembre à Paris pourra justement apporter des solutions ?

Je vous rappelle que ce thème de la lutte contre la piraterie maritime est l’un des thèmes qui a été développé par le président Faure Gnassingbé déjà aux Nations unies en février de l’année dernière et cette année au mois de mai. Donc, la conférence de Paris vient dans la continuation.

→ (RE)LIRE : Golfe de Guinée: les actes de piraterie en forte hausse

Est-ce que le président Faure Gnassingbé se rendra à Paris en décembre ?

Le président Faure sera à Paris.

Ce qui n’a pas arrangé les relations entre Lomé été Paris au début de cette année, c’est la détention de Loïk Le Floch-Prigent pendant cinq mois au Togo. A sa libération, l’homme d’affaires français a révélé qu’il avait été témoin d’actes de torture commis sur des codétenus togolais, est-ce que cela n’a pas nui à l’image de votre pays ?

Je ne crois pas du tout et je vous rassure que votre compatriote a été bien traité quand il était au Togo. Et ce débat à ce sujet est déjà dépassé, le Togo s’est inscrit définitivement dans l’amélioration des conditions des prisonniers togolais.

→ (RE)LIRE : Loïk Le Floch-Prigent sur RFI: «Ce n’est pas une République togolaise. C’est une dictature togolaise!»

L’année dernière, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a elle-même dénoncé des actes de tortures sur des codétenus de Kpatcha Gnassingbé, le frère du chef de l’Etat, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) également s’est alarmée et vous a demandé de dédommager les victimes. Qu’est-ce que vous répondez à toutes ces interpellations ?

Le gouvernement togolais aujourd’hui est en train de travailler pour améliorer la situation des droits de l’homme en général. Donc, ce sujet a été traité par la Cédéao. Pour nous, ce sujet est déjà passé. Reconnaissant qu’il y a des difficultés qui sont liées pas seulement au Togo mais à tous les pays, surtout en Afrique, le président de la République s’est inscrit définitivement dans cette amélioration continuelle de la situation des droits de l’homme au Togo.

Au Togo, le nombre de mandats présidentiels n’est plus limité depuis une dizaine d’années. Mais la commission « vérité-justice et réconciliation » propose que ce nombre de mandats soit à nouveau limité à deux. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je vous rassure que le souci du président Faure Gnassingbé, ce n’est pas de rester au pouvoir aujourd’hui ou demain. Son souci, c’est de travailler pour améliorer les conditions de vie des populations togolaises en mettant en pratique ce que nous appelons la Scap qui est la Stratégie de croissance accélérée pour la promotion de l’emploi, pour permettre à tous les Togolais d’améliorer leurs conditions de vie tous les jours.

Est-ce que le président se représentera en 2015 ?

Si vous me demandez à moi Robert Dussey si le président va se représenter ? Je vous dirais pourquoi-pas ? Rien ne l’empêche de le faire, mais le souci du président Faure Gnassingbé, ce n’est pas de se représenter mais c’est de travailler pour son peuple.