Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur - Togo
Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le Post-Cotonou 2020 - Professeur de philosophie politique

Prof. Robert Dussey

Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur - Togo

Présentation du projet de résolution

Armoirie Togo

81e Session de l’Assemblée générale des Nations Unies

Séance plénière de l’Assemblée générale

Point 13 de l’ordre du jour

Mise en œuvre et suivi intégrés et coordonnés des résultats des grandes conférences et des grands sommets des Nations Unies dans les domaines économique, social et connexes

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Présentation du projet de résolution intitulé « Correct the Map : rééquilibrage de la représentation cartographique mondiale et promotion d’une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique »

Déclaration de

S.E. Prof. Robert Dussey

Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’extérieur

Madame la Présidente de la 81e session de l’Assemblée générale,

Excellences Mesdames et Messieurs les Représentants Permanents,

Mesdames et Messieurs les Délégués,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un profond sens des responsabilités et un grand honneur que je présente, au nom du Groupe des États africains, le projet de résolution intitulé : « Correct the Map : rééquilibrage de la représentation cartographique mondiale et promotion d’une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique ».

Permettez-moi, avant toute chose, d’exprimer la gratitude du Groupe des États africains, et en particulier de mon pays, le Togo, en tant que facilitateur, à l’ensemble des délégations pour leur engagement constant, leur participation active et leurs contributions constructives tout au long du processus de négociation. Nous remercions chaleureusement les délégations ayant pris part aux consultations officieuses et aux nombreux échanges bilatéraux menés dans un esprit d’écoute, d’ouverture, de respect mutuel et de compromis. Ces discussions ont permis d’améliorer substantiellement le texte et d’aboutir à un projet équilibré, inclusif, orienté vers l’action et porteur d’un large consensus.

Nous remercions également la Présidente de l’Assemblée générale, le Secrétaire général des Nations Unies, les différentes délégations, les experts, les universitaires, les enseignants, les organisations de la société civile et tous ceux qui ont œuvré avec conviction et persévérance pour faire progresser cette vision.

Madame la Présidente,

L’histoire des Nations Unies est marquée par des décisions qui ont progressivement corrigé des déséquilibres hérités du passé.

Notre Organisation a démontré sa capacité à façonner les normes internationales à mesure que progressent les connaissances scientifiques et que grandit et se renforce la conscience collective. Depuis sa création, elle poursuit une ambition fondamentale : permettre à l’humanité de mieux se comprendre pour mieux vivre ensemble. Par le dialogue, elle a contribué à faire progresser notre compréhension de sujets aussi divers que les droits de l’homme, le développement, le climat, la biodiversité, les océans, l’espace extra-atmosphérique, le numérique et, plus récemment, l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, la question de la cartographie en tant qu’outil cognitif mérite notre attention collective : comment représentons-nous le monde ? Comment l’enseignons-nous ? Comment les générations apprennent-elles à voir notre planète ? Ces questions, en apparence simples, touchent pourtant à la manière dont le savoir façonne notre perception de la réalité.

Bien qu’il porte sur une question technique, le projet de résolution soumis à votre approbation touche également à des sujets majeurs qui préoccupent notre Organisation commune : l’éducation, la connaissance, la culture, la justice historique et la représentation équitable des régions du monde et de leurs peuples.

Depuis plusieurs siècles, certaines projections cartographiques utilisées dans les manuels scolaires, les médias, les plateformes numériques et de nombreux documents officiels ne reflètent pas fidèlement les superficies réelles des continents. Si ces projections répondaient à des objectifs techniques précis, notamment la navigation maritime, leur utilisation à des fins générales d’information ou d’éducation continue d’influencer durablement la perception que des générations entières se font du monde.

La persistance de ces distorsions cartographiques a entraîné, au fil du temps, des conséquences profondes. Elle a notamment contribué à minimiser symboliquement la taille de l’Afrique et de plusieurs autres régions, entretenant une vision déséquilibrée de la géographie mondiale. Cette question dépasse donc le champ strict de la cartographie : elle concerne la justice cognitive, l’accès à une connaissance géographique exacte, la dignité des peuples, la mémoire historique et la lutte contre les représentations héritées qui influencent encore les perceptions.

Les cartes ne sont pas de simples outils géographiques. Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles guident l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives. Elles ne sont donc jamais neutres. Lorsqu’elles présentent une image déformée de notre planète, elles risquent de perpétuer des représentations inexactes qui se transmettent de génération en génération.

Corriger la carte, c’est choisir la fidélité aux faits. C’est reconnaître que chaque région du monde mérite d’être représentée avec exactitude et dignité. C’est transmettre aux générations futures une image du monde plus juste, plus équilibrée et plus réaliste.

Je tiens à être parfaitement clair :

  • ce projet de résolution n’est dirigé contre aucun État ;
  • il ne remet pas en cause l’histoire de la cartographie ;
  • il n’affecte pas l’état actuel des frontières ;
  • il ne condamne aucune projection, pas même la projection de Mercator, dont l’utilité historique pour la navigation demeure indéniable ;
  • il reconnaît explicitement la diversité des projections cartographiques et leurs usages spécifiques ;
  • il n’impose aucune projection unique pour tous les usages.

En somme, notre démarche n’est dirigée contre aucune nation, aucune civilisation ni aucune tradition cartographique. Elle est guidée par une ambition universelle : promouvoir un savoir fondé sur l’exactitude scientifique, le respect de la vérité et l’égale dignité de tous les peuples.

Son ambition est simple : promouvoir des projections qui préservent mieux les proportions réelles des continents, en particulier les projections à surfaces équivalentes, dont la projection Equal Earth, privilégiée par l’Union africaine.

Madame la Présidente,

Le projet de résolution, et en particulier la référence à la projection Equal Earth, porte exclusivement sur la représentation proportionnelle des superficies continentales. Il ne concerne en aucune manière la délimitation, le tracé, le statut ou la reconnaissance des frontières, et ne saurait être interprété comme exprimant une position politique, juridique ou territoriale quelconque. Son objet est strictement cartographique, scientifique et pédagogique : promouvoir une représentation plus fidèle des dimensions relatives des régions du monde.

Le texte encourage, par ailleurs, les États membres, les organisations internationales et les autres parties prenantes à promouvoir des représentations cartographiques plus exactes des superficies continentales. Il invite également les entités compétentes des Nations Unies, les organisations régionales, le monde universitaire, les centres de recherche et les acteurs technologiques à coopérer pour renforcer les capacités nationales, soutenir la recherche et l’innovation, et appuyer les pays en développement, en particulier les pays africains, dans les domaines de la cartographie, de la géomatique, de la géodésie et des technologies géospatiales.

Le projet respecte pleinement les mandats existants, ne crée aucune obligation financière nouvelle et ne propose aucun mécanisme institutionnel supplémentaire.

Une attention particulière est accordée à l’éducation dans ce projet en ce sens qu’il encourage l’intégration de l’enseignement critique de la cartographie dans les programmes scolaires, l’explication des méthodes de projection, de leurs caractéristiques, de leurs limites et de leurs usages appropriés.

Madame la Présidente,

Pour l’Afrique, cette résolution revêt une signification particulière.

Elle contribue de manière significative à la réalisation des objectifs de la Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine (2021-2031), de la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034) et aussi de la Déclaration finale du 9e Congrès panafricain relative à la « correction des représentations cartographiques disproportionnées du continent », en participant à la reconnaissance de la juste place de l’Afrique sur la scène internationale et à la restauration de la dignité du continent et de ses diasporas, par la correction des distorsions cartographiques héritées de l’histoire.

Madame la Présidente,

Excellences Mesdames et Messieurs les Représentants Permanents,

Mesdames et Messieurs les Délégués,

J’ai, à présent, l’honneur de soumettre, au nom du Groupe des États africains, ce projet de résolution à votre appréciation et d’appeler respectueusement tous les États membres à soutenir son adoption par consensus.

Je remercie chaleureusement tous les États membres qui ont déjà coparrainé le projet de résolution. Leur engagement renforce notre action commune. J’invite les autres à se joindre à nous en coparrainant le texte afin qu’il reflète pleinement notre unité et notre détermination.

Adopter ce texte enverrait un message fort : celui d’une Assemblée générale attachée à la vérité scientifique, à l’équité dans la représentation, à la dignité des peuples et à l’égalité des régions du monde dans l’imaginaire commun de l’humanité.

En adoptant cette résolution, nous ne corrigeons pas seulement une carte : nous contribuons à corriger une perception. Nous affirmons que la connaissance doit élever, non réduire ; rapprocher, non diviser ; représenter le monde dans sa diversité, sa vérité et sa dignité.

Corriger la carte n’est ni esthétique ni symbolique : c’est une exigence de précision scientifique et pédagogique.

Corriger la carte, c’est rappeler que chaque région du monde compte, que chaque peuple mérite d’être vu à sa juste place, et que l’Afrique, comme toutes les autres régions, doit apparaître dans la conscience universelle non pas diminuée par les distorsions du passé, mais reconnue dans sa réalité, sa contribution et son avenir.

Corriger la carte, c’est réfléchir à la manière dont le savoir est produit, transmis et visualisé, et contribuer à une représentation juste et fidèle des superficies des continents dans la cartographie mondiale.

Nous affirmons souvent que les Nations Unies doivent refléter le monde tel qu’il est. Aujourd’hui, nous vous proposons de faire en sorte que les cartes qui représentent ce monde répondent elles aussi à cette exigence.

Car une représentation plus exacte du monde nourrit une compréhension plus juste des peuples. Et une compréhension plus juste nourrit le respect, premier fondement de la paix.

Permettez-moi de conclure par ces mots :

Une carte juste ne change pas la géographie du monde ; elle change la manière dont nous voyons le monde.

Et lorsque notre regard devient plus juste, il ouvre la voie à davantage de compréhension, de respect et de paix entre les nations.

Je remercie chacune des délégations pour son engagement et son soutien.

Notre responsabilité commence maintenant.

Je propose que le 4 septembre soit désigné Journée internationale pour une représentation juste du monde.

Je vous remercie.

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