Ministre des Affaires Etrangères, de l'intégration Africaine et des Togolais de l'Extérieur - Togo
Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le Post-Cotonou 2020 - Professeur de philosophie politique

Prof. Robert Dussey

Ministre des Affaires Etrangères, de l'intégration Africaine et des Togolais de l'Extérieur - Togo
Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le Post-Cotonou 2020 - Professeur de philosophie politique​

OUVERTURE – COLLOQUE INTERNATIONAL DE LOMÉ SUR « LA GESTION DES TRANSITIONS POLITIQUES ET LE RENFORCEMENT DE LA RÉSILIENCE FACE AUX EXTRÉMISMES VIOLENTS – CAS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST »

DISCOURS D’OUVERTURE DE SON EXCELLENCE PROF. ROBERT DUSSEY, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, DE L’INTEGRATION RÉGIONALE ET DES TOGOLAIS DE L’EXTÉRIEUR

Lomé, le 05 mars 2022

Monsieur le Président de l’Université de Lomé et Ministre des Enseignements primaire, secondaire, technique et de l’Artisanat,

Monsieur le Directeur Général de l’ENA,

Monsieur le Représentant Résident du PNUD,

Mesdames et Messieurs les experts, en vos grades et titres respectifs,

Distingués invités,

Mesdames et messieurs, 

En temps de crise, il y a l’urgence de la pensée et ce rendez-vous de réflexion, d’échange des lumières de la raison, de perspectives et d’expériences répond à cet urgent besoin de lucidité dans notre région de l’Afrique de l’Ouest qui traverse en cette séquence du temps historique une zone de turbulence.  

Je voudrais, en ce début de mon propos, non seulement souhaiter à tous la chaleureuse et fraternelle bienvenue à Lomé, mais également témoigner ma reconnaissance au sens de gratitude à tous les experts et universitaires ici présents qui ont accepté de prendre part aux travaux du colloque malgré les contraintes et leurs agendas certainement chargés.

Sous le leadership du Président de la République, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE, le Togo est honoré de vous accueillir dans le cadre de cet événement de portée à la fois scientifique et pratique. 

Je voudrais remercier toutes les personnes et les institutions de bonne volonté dont l’appui ne nous a jamais fait défaut, de la conception du projet au début à la tenue du colloque en cette fin de semaine.

Je voudrais notamment remercier la Représentation nationale du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui a accepté, sans aucune forme d’hésitation et avec un empressement volontariste, d’accompagner la tenue de cette messe des nourritures de l’esprit, en d’autres mots, de cette rencontre d’argumentation collective d’où sortira, à coup sûr, une meilleure compréhension de la complexe dialectique gouvernance et stabilité politique en Afrique de l’Ouest.

Mesdames et messieurs,  

Distingués invités,

La situation sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest est plus que jamais préoccupante et le processus de pacification positive de la région est fortement contrarié aujourd’hui par l’action des groupes armés terroristes. La stabilité de l’Afrique de l’Ouest est mise à rude épreuve par un procès de dynamitage des acquis normatifs, des processus politiques et démocratiques et surtout sécuritaires. 

Cette évolution pathologique qui traduit manifestement un malaise profond met la région ouest-africaine en souffrance, dans une situation qui se révèle de plus en plus complexe et inquiétante pour nos États et l’ensemble de la société internationale. Sous nos regards médusés, l’extrémisme violent, le terrorisme et la criminalité intra et transrégionale continuent, à un rythme effréné, de s’étendre et de s’irradier dans la région, soustrayant dangereusement de vastes espaces géographiques du contrôle des Etats. 

Les États eux-mêmes et les institutions représentatives de leur présence sur les territoires nationaux constituent les cibles privilégiées des groupes armés terroristes dont les agissements dans la région alimentent l’instabilité politique. Les groupes armés extrémistes sont générateurs d’un processus de vulnérabilisation des Etats et des processus politiques déjà fragiles. 

Non seulement leurs actions accroissent le degré de fragilité des Etats, mais également érodent leur légitimité et provoquent dans certains contextes la crise de l’Etat en tant qu’institution de régulation collective. On observe des heurts qui secouent les appareils de gouvernance dans les pays de la sous-région sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. 

À côté des questions d’intolérance et de fragmentations sociales qu’elle engendre sur fond d’antagonismes religieux et ethniques, l’insécurité ambiante dans la région accentue le retard en termes de développement. Ce qui crée, évidemment, du désespoir et une crise de confiance entre les mandats souverains et leurs mandataires. 

C’est dans cet environnement régional caractérisé par la délégitimation de l’action de l’Etat du fait de l’extrémisme violent et l’affaissement des processus politiques que sont intervenus des changements de régimes politiques dont les efforts pour la normalisation et le retour à l’ordre constitutionnel et à des institutions démocratiques régulières ont donné lieu à des transitions politiques en cours dans la région.    

Le grand défi pour les Etats en transition politique et pour l’ensemble de la région ouest-africaine aujourd’hui, c’est comment préserver les acquis restants et renforcer la résilience au niveau des Etats ainsi que celle des communautés qu’une logique de destruction meurtrière tend à opposer les unes aux autres. 

Le risque de bégaiement et de perversion étant inhérents à tout processus de transition, les Etats en transition politique et la région ouest-africaine doivent redoubler de vigilance et intensifier leurs efforts en faveur de la consolidation des solidarités nationales. Les transitions politiques doivent être une véritable occasion de re-cimentage des rapports sociaux, de consolidation du pacte national et de réconciliation. Elles ne doivent pas être une occasion dont les groupes armés extrémistes peuvent profiter pour amplifier leur capacité de nuisance et déstabiliser davantage la région. 

C’est pourquoi la gestion des transitions politiques, telles que nous les vivons depuis quelques mois dans notre région, dans une atmosphère d’insécurité ambiante, nécessite une dose de réalisme et de sagesse pratique. 

« La sagesse pratique, écrit Paul RICŒUR dans son livre Soi-même comme un autre, consiste à inventer les comportements justes appropriés à la singularité des cas », à « inventer les conduites qui satisfont le plus à l’exception que demande la sollicitude en trahissant le moins possible la règle ». La sagesse pratique veut que l’on s’en tienne aux principes sans perdre de vue la nature rebelle de la réalité. 

Mesdames et messieurs,  

Les transitions politiques sont des périodes d’intenses actions par lesquelles les Etats et les sociétés se tracent de nouvelles perspectives à travers des solutions les plus adaptées, des stratégies proactives, réalistes et endogènes ainsi qu’une refonte totale de la gouvernance dans tous les secteurs. 

La priorité à l’action n’implique pas cependant la négation de la réflexion qui est d’une utilité manifeste parce que génératrice de la lumière. La pensée, c’est le chemin de l’action car il nous faut d’abord savoir la bonne méthode à adopter pour parvenir à de meilleurs résultats, tant nos stratégies actuelles sont obsolètes et sans effets. 

Périclès, grand stratège d’Athènes et homme de terrain, n’ignore pas pour autant l’importance de la réflexion constructive lorsqu’il prévient « qu’il est plutôt dangereux de passer aux actes avant que la discussion nous ait éclairés sur ce qu’il y a à faire ». « La pratique est aveugle sans la théorie », disait Emmanuel KANT

Les transitions politiques et les défis de la consolidation sociopolitique méritent d’être saisis par la pensée. D’où toute l’importance du présent colloque qui nous rassemble aujourd’hui. Ce colloque est, au sens habermassien, une occasion d’agir communicationnel profondément ancré dans son contexte, le lieu d’une articulation intelligente de la « Théoria » et de la Pratique, un rendez-vous d’exercice d’une pensée active, structurante et tournée vers l’avenir. 

À la vérité, ce qui se joue dans le cadre de ce colloque, c’est la dialectique de la théorie et de la pratique où la théorie fait corps avec la pratique dans une relation de co-détermination et de présuppositions réciproques. Nous sommes ici dans un cadre d’élucidation, de compréhension et de conceptualisation de la pratique, qui cesse d’être une simple occasion de tâtonnement et d’essai sans fin, pour devenir le lieu d’une manœuvre cohérente, intelligemment orientée, socialement et collectivement tournée vers une fin désirée, autrement dit vers le renforcement de la résilience face aux extrémismes violents dans une région à la croisée des chemins en quête de repères où les défis sont manifestement pressants.

Cet agora, sphère publique d’interaction communicationnelle, j’en suis persuadé, apportera des solutions novatrices aux défis multiples et actuels liés au contexte d’insécurité sans cesse croissante dans la région.

En initiant le colloque international, le Togo ambitionne, non seulement d’interpeller le monde scientifique sur son rôle et sa place dans l’édification des sociétés paisibles et stables, mais aussi de recueillir des propositions concrètes et novatrices susceptibles de nourrir les réflexions dans le cadre de la Conférence de haut niveau d’avril 2022. Les temps de crise présentent paradoxalement l’avantage d’être une occasion d’innovation. 

Messieurs les experts, 

Nous serons amenés au cours des travaux de ce colloque à explorer les forces et les faiblesses des différentes approches adoptées et mises en œuvre jusqu’ici par les pays et les organisations internationales afin de pouvoir répondre aux défis sécuritaires multiformes. Les débats devront également aboutir à des propositions pouvant concilier les exigences sécuritaires, toujours plus pressantes et vitales, avec la gestion des instabilités politiques également sources de tensions et de complications. 

Conformément à ces différents objectifs, les travaux du colloque se dérouleront suivant trois axes prioritaires de discussions tels que le paradigme sécuritaire et les enjeux politiques, les défis contemporains de la paix et la sécurité au Sahel et la gestion et l’accompagnement des transitions politiques en cours en Afrique de l’Ouest.

Sur chacun de ces points, je voudrais nous inviter à l’innovation, à la pensée libre et scientifique ainsi qu’au pragmatisme. Notre devoir est aussi de repenser le multilatéralisme régional et international autour de la question sécuritaire en Afrique de l’Ouest en analysant les erreurs du passé pour mieux avancer. 

L’urgence est donc à la réflexion constructive pour des actions plus concertées, plus efficaces et salvatrices. Nous devons oser sortir des sentiers battus, sortir des rangs, au besoin. Notre région est dans une phase critique de son histoire et il faut certes agir, mais agir plus efficacement. 

Le Chef de l’Etat, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE attache de l’importance à ce colloque international auquel, je voudrais, en son nom, vous assurer de la pleine disponibilité et de l’engagement de la République togolaise à soutenir vos recommandations et à adhérer à toutes les initiatives innovantes et solidaires qui permettront de remettre la région sur la voie de la stabilité et de la paix durables. 

Sur ce, tout en vous renouvelant mes mots de bienvenue et de remerciements à l’endroit du PNUD, notamment à l’endroit de son Représentant Résident, je déclare ouverts les travaux du colloque international de Lomé sur « La gestion des transitions politiques et le renforcement de la résilience face aux extrémismes violents – cas de l’Afrique de l’Ouest ».

Plein succès à nos travaux et bon séjour à toutes et à tous à Lomé.

Je vous remercie.

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