Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur - Togo
Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le Post-Cotonou 2020 - Professeur de philosophie politique

Prof. Robert Dussey

Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur - Togo

« Correct the Map » est une bataille pour la dignité, l’éducation et la juste représentation de l’Afrique

INTERVIEW À DW TV

Jean-Claude Abalo Correspondant à New York aux Etats-Unis pour le programme francophone de la Deutsche Welle

Correct The Map · Union africaine · Nations Unies

New York · 4 septembre 2026

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Entretien DW Robert Dussey : « Correct the Map » est une bataille pour la dignité, l’éducation et la juste représentation de l’Afrique

Invité

S.E. Professeur Robert DUSSEY

Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’extérieur

Portée par le Togo au nom de l’Union africaine, l’initiative « Correct the Map » vise à promouvoir une représentation du monde plus fidèle aux proportions réelles des continents, en particulier celles de l’Afrique. Après l’adoption de la résolution aux Nations Unies, le ministre togolais des Affaires étrangères, Professeur Robert Dussey, est revenu, au micro de la Deutsche Welle, sur les enjeux politiques, éducatifs, géopolitiques et symboliques de cette démarche.

Interrogé par Jean-Claude Abalo, correspondant de DW à New York, le chef de la diplomatie togolaise a rappelé que l’initiative ne relève pas d’un simple débat technique sur la cartographie. Pour lui, il s’agit d’une question de dignité, de justice cognitive et de réparation symbolique pour le continent africain.

« Correct the Map » s’inscrit dans une dynamique de réparation et de reconnaissance de la place réelle de l’Afrique dans le monde.

DWPourquoi une résolution des Nations Unies était-elle nécessaire pour porter cette initiative ?

Robert Dussey a expliqué que l’adoption d’une résolution onusienne donne une portée politique et institutionnelle à une revendication africaine ancienne. Selon lui, la représentation dominante du monde a longtemps donné l’impression que l’Afrique était un continent de faible dimension, alors que la réalité géographique montre le contraire.

Le ministre a notamment rappelé que sur la projection Equal Earth, l’Afrique apparaît dans des proportions plus proches de sa superficie réelle. À l’inverse, la projection de Mercator, largement enseignée dans les écoles et universités, tend à agrandir visuellement les régions proches des pôles et à réduire la perception des continents situés autour de l’équateur.

Cette distorsion a contribué, selon lui, à nourrir des perceptions erronées. L’exemple du Groenland est particulièrement parlant : sur certaines cartes classiques, il semble comparable à l’Afrique, alors que le continent africain est environ quatorze fois plus vaste.

DWAu-delà de la carte, quel est le véritable enjeu de « Correct the Map » ?

Pour le ministre togolais, le premier enjeu est éducatif. Corriger la carte, c’est aussi corriger les manuels scolaires, les supports pédagogiques et la manière dont les nouvelles générations apprennent la géographie. L’objectif est de transmettre une représentation plus juste du monde et de permettre aux enfants africains, comme à ceux du reste du monde, de comprendre les proportions réelles des continents.

Mais l’enjeu dépasse largement les salles de classe. Robert Dussey a souligné que les plateformes numériques, les systèmes de cartographie en ligne, les services GPS et les outils de navigation ont été, pour beaucoup, influencés par l’héritage de la projection de Mercator. Une évolution vers des représentations plus fidèles implique donc également des adaptations technologiques, institutionnelles et financières.

Les principaux enjeux identifiés

  • Un enjeu éducatif : revoir les livres et supports de géographie afin de corriger les représentations héritées du passé.
  • Un enjeu symbolique : rendre à l’Afrique une image plus conforme à sa réalité géographique et historique.
  • Un enjeu technologique : encourager les plateformes numériques à faire évoluer leurs représentations du monde.
  • Un enjeu géopolitique : affirmer la place de l’Afrique dans les débats internationaux sur la justice, la représentation et l’égalité.

Le ministre a reconnu que ces changements peuvent avoir un coût. Certains acteurs publics ou privés pourraient hésiter à soutenir pleinement la démarche, car elle suppose des investissements et une révision de nombreux outils existants. Toutefois, il estime que l’importance symbolique et pédagogique de cette transformation justifie l’effort.

Un comité de suivi devrait permettre d’engager le dialogue avec les États, les institutions éducatives, les entreprises technologiques et les acteurs privés concernés, afin de déterminer les modalités concrètes de mise en œuvre.

DWQue représente cette adoption pour l’universitaire et l’académicien que vous êtes ?

Robert Dussey a exprimé un sentiment de fierté après ce vote qu’il considère comme historique. À ses yeux, cette résolution marque une étape dans le combat de l’Afrique pour retrouver la place qui lui revient dans le concert des nations.

Il a rappelé que la question de la représentation ne se limite pas à la géographie. Elle touche aussi à l’histoire, à l’économie, à la diplomatie et à la gouvernance mondiale. Le ministre a notamment établi un lien entre cette initiative et les revendications africaines plus larges en faveur d’une meilleure représentation au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Selon lui, il existe encore un déséquilibre profond dans l’ordre international. L’Afrique, malgré son poids démographique, géographique, économique et stratégique, ne dispose toujours pas de siège permanent au Conseil de sécurité. Cette situation illustre, selon le ministre, la nécessité pour les dirigeants africains de prendre leurs responsabilités et de porter eux-mêmes les revendications du continent.

Cette initiative rappelle que la manière dont le monde est représenté influence aussi la manière dont les peuples sont perçus.

En défendant « Correct the Map », le Togo et l’Union africaine entendent donc ouvrir un débat plus large sur la justice des représentations. La carte du monde ne change pas la réalité physique des continents, mais elle peut transformer le regard porté sur eux.

Pour Professeur Robert Dussey, cette démarche participe d’un mouvement plus vaste : celui d’une Afrique qui refuse d’être minimisée, qui revendique sa dignité et qui souhaite transmettre aux générations futures une perception plus juste, plus équilibrée et plus respectueuse du monde.

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