Consultations politiques UE-Pacifique sur les protocoles régionaux à Samoa

Communiqué de Presse

Les 25 et 26 février 2019, Son Excellence Prof. Robert DUSSEY, Ministre des Affaires Étrangères, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur,  et Négociateur en Chef du Groupe ACP pour le post-Cotonou, a pris part à Apia, capitale de l’État Indépendant de Samoa, aux consultations politiques UE-Pacifique sur les protocoles régionaux co-organisées par la Commission Européenne et le Gouvernement du Samoa. Pendant son séjour, le Chef de la diplomatie togolaise a eu, en dehors des travaux, des rencontres avec plusieurs personnalités.

Dans son intervention au premier jour des travaux, le Négociateur en Chef du Groupe ACP, après avoir souligné le caractère historique et mémorable des assises, a présenté un rapport sur l’état d’avancement des négociations ACP-UE aux Chefs d’État et de gouvernement et aux chefs de délégation des pays membres du FORUM du Pacifique.

Au second jour des travaux, le Prof. Robert DUSSEY a fait une autre présentation sur les contours et le contenu des négociations sur les piliers régionaux du nouvel accord. Il a décliné les perspectives du Post-Cotonou pour les trois entités négociatrices régionales à savoir l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique.

Il s’agira pour chacune des trois régions de négocier, dans le cadre du Groupe ACP, son protocole régional en fonction de ses spécificités et priorités stratégiques. Le nouvel accord, selon le Négociateur en Chef des ACP, comportera trois partenariats régionaux à savoir Partenariat Afrique-UE, partenariat Caraïbes-UE et partenariat Pacifique-UE, avec un socle commun applicable à tous.

Au titre des rencontres en marge des travaux, il s’est entretenu sur les enjeux des consultations régionales avec Dr. Patrick GOMES, Secrétaire général des ACP et Neven MIMICA, Commissaire européen en charge de la Coopération internationale et développement, et Négociateur en Chef de l’UE pour le post-Cotonou.

Sur le plan bilatéral, le Ministre Robert DUSSEY a été reçu en audience le 25 février  par l’Honorable Tuilaepa Malielegaoi, Premier Ministre, Chef de gouvernement de l’État Indépendant de SAMOA.  L’entretien entre les deux hommes s’est déroulé dans une ambiance très détendue et le Chef de la diplomatie togolaise a saisi l’occasion pour transmettre les salutations cordiales de Son Excellence Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE au Premier Ministre samoan et a demandé le renforcement de leur coopération. Le Prof. Robert DUSSEY a invité, au nom du Président, le Premier Ministre samoan à effectuer une visite officielle au Togo et celui-ci a accepté le principe de l’invitation.

Le Premier Ministre des Samoa Tuilaepa Sailele Malielegaoi et Robert Dussey 

Le Chef de la diplomatie togolaise a été également reçu en audience par l’Honorable Enele SOPOAGA, Premier Ministre de Tuvalu. Les discussions entre les deux personnalités ont porté sur les possibilités de coopération entre les deux pays, la signature d’un mémorandum contenant le principe de coopération politique, de coopération au sein des organisations internationales à travers des soutiens réciproques, la coopération dans le domaine de la gouvernance des océans, notamment l’économie blue.

Enele Sopoaga, Premier Ministre des Tuvalu et Robert Dussey

Le Premier Ministre de Tuvalu a félicité le Président et le Togo pour le nouveau Plan National de Développement (PND), gage de l’émergence et du développement inclusif du Togo. Il a invité le Prof. Robert DUSSEY à effectuer une visite officielle à Tuvalu.

Avec Henry Puna, Premier Ministre des Îles Cook

Enfin, au cours de la journée du 27 février, le Ministre DUSSEY a discuté avec le Vice-Président de Kiribati, S.E.M. Kourabi NENEM et le Premier Ministre, Ministre des affaires étrangères de Cook Island, Honorable Henry PUNA, sur des questions de coopération bilatérale. S’agissant de la coopération entre le Kiribati et le Togo, S.E.M. Kourabi NENEM et Prof. Robert DUSSEY ont décidé d’instruire leurs Ambassadeurs à New-York pour échanger sur les contours et le contenu d’un mémorandum d’entente.

Avec Kourabi Nemen, Vice-Président des Kiribati

Fait à Apia le 27 février 2019

Rencontre de Haut Niveau des ACP du Pacifique à Apia

Robert Dussey, Ministre togolais des Affaires Etrangères et Chef des Négociations du Groupe ACP Post-Cotonou 2020, participe à la réunion de deux jours, qui commence aujourd’hui, à Apia, la capitale des Samoa, et qui a pour objectif d’engager des discussions et un dialogue approfondis avec l’UE dans la perspective de la finalisation d’un nouvel accord entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

Le dialogue est convoqué dans le cadre des consultations politiques entre les différentes régions ACP et l’UE sur les négociations en vue d’un accord post-Cotonou, conformément aux processus approuvés par le Groupe ACP et l’UE lors du lancement des négociations en novembre 2018.

En marge de cette rencontre, le ministre Robert Dussey a eu un entretien avec le Premier Ministre des Samoa Tuilaepa Sailele Malielegaoi.

Allocution de Présentation du Livre “Togo 2017-2018 – Présidence en exercice de la CEDEAO”

par le Ministre togolais des Affaires Etrangères du Togo

Le Ministère des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur a procédé à la présentation du Livre “Togo 2017-2018, Présidence en Exercice de la CEDEAO”, ce 19 février 2019.

Diner d’au-revoir en l’honneur de l’ambassadeur des USA David Gilmour

‘L’action n’apporte pas toujours le bonheur, mais il n’y a pas de bonheur sans action’. Citant l’auteur américain William James, le ministre des affaires étrangères, Robert Dussey, a rendu un chaleureux hommage lundi soir à David Gilmour, l’ambassadeur américain, arrivé au terme de sa mission au Togo.

Il a salué ‘non seulement le diplomate exceptionnel que vous êtes, mais aussi l’ensemble des actions que vous avez entreprises au cours de votre mission  au côté du gouvernement en faveur de ses populations’.

Les Togolais ont, et garderont de vous, l’image d’un diplomate exemplaire, a souligné M. Dussey. 

‘L’histoire est l’allié des hommes qui forgent l’histoire parce qu’elle sait se souvenir d’eux et de leurs actions. La postérité dira de vous et des souvenirs diplomatiques de nos deux pays : un diplomate américain du nom de David Gilmour a vécu au Togo de 2015 à 2019′, a conclu le chef de la diplomatie togolaise.

Robert Dussey à la Conférence de Munich sur la Sécurité 2019

En marge de la Conférence de Munich sur la Sécurité, le Prof. Robert Dussey, Ministre des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur a rencontré son homologue de la Fédération de Russie, S.E.M. Serguei Lavrov, le 16 février 2019.

Au cours de leur rencontre, les ministres Robert Dussey et Serguei Lavrov ont procédé à un tour d’horizon des questions bilatérales et internationales. Au titre des relations bilatérales, les deux ministres ont apprécié et salué la qualité de leur coopération au plan politique et convenu de leur renforcement dans l’intérêt majeur de leurs deux pays et de leurs peuples.

Sur le même plan ils ont porté une attention particulière sur les questions de développement, notamment en ce qui concerne le ‘’ Doing Business’’, l’agriculture et la formation dans divers domaines, entre autres, secteurs prioritaires du Programme National de Développement (PND).

Dans le souci de promouvoir leurs économies, les deux ministres ont convenu d’encourager des missions économiques dans leurs pays respectifs et d’étudier les possibilités d’accroitre le volume de leurs échanges commerciaux.

Sur le plan multilatéral, les ministres Robert Dussey et Serguei Lavrov ont salué le rôle, les initiatives et les actions de leurs pays, en particulier au sein des Nations Unies, en vue de la sauvegarde et du maintien de la paix en Afrique et ailleurs dans le monde. Dans ce sens, ils ont souligné leur attachement à la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes et contre la piraterie maritime.

En outre, ils ont réitéré l’engagement et la détermination de leurs pays à œuvrer pour la promotion des relations économiques et commerciales justes et équitables dans le monde.

Les discussions ont également porté sur le Sommet Russie-Afrique, auquel le Président de la République, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE, a été invité, ainsi que sur le Forum économique qui se tiendront en Russie cette année. Les discussions entre les deux ministres se sont déroulées dans une atmosphère empreinte d’amitié et de cordialité.

Fait à Munich, le 16 février 2019

Ministre des Affaires Étrangères, de l’Intégration Africaine et des Togolais de l’Extérieur

Robert Dussey : «L’accord post-Cotonou vise la réalisation du développement économique et durable des pays ACP»

Extrait de Notre Afrik N°82 de Janvier-Février-Mars 2019

Robert Dussey est le ministre des Affaires étrangères du Togo et le négociateur en chef du groupe des pays ACP avec l’Union européenne pour la mise place d’un nouvel accord. Dans cette interview accordée à Notre Afrik, il explique notamment les contours ainsi que les finalités de ces discussions.

Notre Afrik : Où en sont les négociations entre les 79 pays du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l’Union européenne afin de parvenir à un nouvel accord de coopération?

Robert Dussey : lancé le 18 octobre 2018 par Monsieur Stefano Manservici pour la partie européenne et moi-même, et mené au niveau technique par le Groupe central de négociation (GCN) au niveau des Ambassadeurs ACP et les hauts fonctionnaires de l’Union européenne, le premier cycle de négociation vient de prendre fin. Lors d’une réunion qui s’est tenue le 14 décembre 2018 à la Maison ACP à Bruxelles, les négociateurs en chef des deux parties ont pris note du rapport d’étape et salué les progrès réalisés en un temps record, par les deux équipes de négociation. Elles sont en effet parvenues à harmoniser, pour l’essentiel, les priorités stratégiques du mandat de négociation ACP avec les directives de négociation de l’UE et ont trouvé un consensus sur l’esquisse de la structure du prochain accord. Elles se sont également accordées sur la nature du prochain accord de partenariat.

Celui-ci sera un accord unique, comportant un socle commun et trois protocoles régionaux (Afrique, Caraïbes et Pacifique) qui revêtiront ensemble un caractère juridiquement contraignant. Il faut dire que contrairement aux directives de négociation de l’Union européenne, le mandat ACP adopté en mai 2018 à Lomé n’a pas prévu de protocoles régionaux. Pour arriver à un compromis, la 108ème session du Conseil des ministres ACP réunie à Bruxelles les 13 et 14 décembre 2018, faisant sienne la nécessité pour les parties de faire preuve de souplesse et de flexibilité dans leur approche, a dû prendre une décision pour réviser le mandat ACP en ce sens. Il s’agit d’une concession de taille qui mérite d’être saluée. Nous n’allons pas cacher notre satisfaction quant à ces avancées notables.

Nous reconnaissons toutefois que le travail qui reste à accomplir est colossal et nécessite beaucoup d’engagement et de disponibilité des acteurs. Mais nous sommes encouragés par le fait que les deux parties ont fait preuve jusque-là d’un esprit positif de compromis qui devrait aider à atteindre un résultat significatif lors du deuxième round de négociation qui commence dès janvier 2019.

Quelles sont les attentes des pays ACP par rapport à ces négociations ? Quelles sont les demandes spécifiques de l’Afrique notamment pour ce nouvel accord. Grandes et nombreuses sont les attentes des pays ACP par rapport au processus de négociation en cours.

Il n’est ainsi pas superflu de rappeler que l’objectif de l’accord de Cotonou était la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté dans les Etats ACP. Après presque 20 ans de mise en oeuvre, on est obligé de constater que le verdict des chiffres est sans appel. En effet, sur les 48 pays les moins avancés dans le monde, 39 appartiennent au Groupe ACP.

Visiblement, cet objectif n’est pas atteint. Il est dès lors évident que quelque chose n’a pas bien fonctionné dans ce partenariat. Par conséquent, il est impératif de réorienter les relations unissant les deux parties vers un partenariat plus équilibré et guidé par de échanges politiques plus ouverts et plus visionnaires, et des accords de coopération assortis de réalisations et de résultats clairs, centrés sur le développement et les personnes.

Ceci dit, pour les ACP, l’objectif principal de l’accord post-Cotonou est de contribuer à la réalisation du développement économique et durable de ses États membres, conformément à l’Agenda 2030 et aux ODD, par le biais d’un partenariat renforcé et approfondi, avec un Groupe ACP jouant plus efficacement son rôle d’acteur mondial. Une des attentes des Etats ACP est de saisir l’occasion unique qu’offrent les négociations actuellement en cours pour conclure un nouveau partenariat qui, tout en consolidant les acquis de l’accord de Cotonou, permettra la mise en place de relations fondées sur l’égalité et le respect mutuel ainsi que sur les principes de la cogestion de l’aide au développement, laquelle doit sortir de la logique du donateur-bénéficiaire.

Il doit permettre aussi un engagement ferme en faveur de la paix et de la sécurité, la promotion de l’intégration régionale et un soutien sans équivoque au multilatéralisme. Quant à l’Afrique, il faut dire qu’elle s’était prononcée très tôt pour une approche beaucoup plus régionale à travers la négociation d’un partenariat de continent à continent avec l’Europe afin de tenir compte de ses spécificités. Tel est le sens de la décision prise en mars 2017 par le Conseil exécutif de l’Union africaine.

Cette position n’a pas reçu une grande adhésion au sein du groupe ACP si bien que le 18 novembre passé, le sommet extraordinaire des Chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine a marqué son appui pour la poursuite du processus de négociation engagé par les pays ACP mais demande que les experts de l’UA soient associés à la négociation du protocole régional africain.

Les priorités stratégiques de l’Afrique dans ses relations avec l’Europe seront définies à cette occasion. Sans préjuger de ce qu’il en sera, on peut penser que les questions de migration, de paix et sécurité, de gouvernance politique, de coopération au développement et de l’industrialisation y figureront en bonne place.

Quelles ont été les principales faiblesses de l’actuel accord et quelles sont les améliorations à apporter dans le nouveau?

Beaucoup de paramètres ont contribué à diluer, au fil du temps, la pertinence de l’Accord de Cotonou. L’une des faiblesses consubstantielles du partenariat ACP est l’image de relations post-coloniales à laquelle il renvoie, à tort ou à raison. À cela, s’ajoute le faible intérêt des deux parties vis-à-vis de ce partenariat, comme en témoigne le niveau de représentativité aux principales rencontres des institutions conjointes, et le faible rayonnement de ce partenariat. Que ce soit en Europe ou dans les pays ACP, en dehors de cercles restreints directement concernés par le sujet, peu de citoyens ont connaissance de ce partenariat et de ses résultats.

De même, le dialogue politique qui devrait permettre, entre autres, de définir et de défendre des positions communes dans les instances internationales afin de mieux influencer la gouvernance mondiale dans l’intérêt des pays partenaires, n’a été qu’insuffisamment exploité. On peut aussi relever l’orientation du partenariat ACP-UE beaucoup trop tourné vers l’Union européenne et le FED mais là, il ne s’agit pas d’une faiblesse intrinsèque à l’accord lui-même mais de sa mise en oeuvre.

La conclusion d’un nouvel accord équilibré qui promeut une relation d’égal à égal fondé sur le respect mutuel entre les parties prenantes sera déjà une importante amélioration. Il faut aussi que le groupe ACP travaille à diversifier ses relations. Ce début de siècle a vu l’émergence de nouvelles puissances économiques qui peuvent être de très bons partenaires à la fois politiques et commerciaux : la Chine, le Brésil, l’inde, etc.

Au-delà de tout, il faut que le Groupe ACP fasse sa mutation et sa restructuration afin de devenir un acteur influent sur la scène mondiale, comme l’ambitionnent ses membres. Cela passe par la recherche d’une autonomie financière, la mise en place d’organes dynamiques et proactifs qui peuvent capter et explorer toutes les opportunités et le renforcement de la coopération intra-ACP. Le processus de révision de l’Accord de Georgetown actuellement devrait y conduire, nous en sommes convaincus.

Les négociations de Bruxelles doivent aboutir à un accord sur un socle commun et trois partenariats régionaux. En quoi cela va-t-il consister concrètement ?

Effectivement, l’Union européenne et les pays ACP se sont accordés sur la forme du prochain accord. Il s’agira d’un accord principal, dont l’ossature vient d’être approuvée, et trois protocoles régionaux (UE-Afrique, UE-Caraïbes et UE-Pacifique), le tout formant un accord unique. L’idée des protocoles régionaux est de tenir compte des priorités et particularités de chacune des composantes du Groupe ACP.

Vous conviendrez avec moi que les défis auxquels l’Afrique est confrontée ne sont pas les mêmes que ceux du Pacifique ou des Caraïbes. Pour certaines régions, la priorité est la lutte contre les effets du changement climatique, pour d’autres, c’est la gouvernance des océans ou l’économie bleue, si ce n’est la migration, l’intégration régionale ou la paix et la sécurité.

L’objectif est la recherche de plus d’efficacité et de cohérence. Actuellement, en dehors du cadre ACP, l’union européenne a d’autres cadres de coopération avec chacune des régions ACP. Le schéma retenu permettra de les fusionner.

Au niveau panafricain, l’Union africaine est engagée dans une série de réformes. Quelles sont, selon vous, les réformes importantes qui doivent être engagées au sein de cette institution?

Le sommet extraordinaire des Chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine qui s’est tenu les 17 et 18 novembre 2018 a pris des décisions importantes pour la réforme de notre organisation panafricaine allant dans le sens de l’amélioration de son efficacité. Au rang de ces mesures, on peut citer la révision de la procédure de désignation des membres de la Commission, l’idée étant de réinstaurer la hiérarchie du Président sur les Commissaires. A cela s’ajoute l’élargissement des domaines de compétences de la commission et des Communautés économiques régionales (CER). Il y a aussi la réduction du nombre des réunions statutaires.

Mais la réforme la plus importante, à notre avis, est celle du mécanisme de financement de l’UA. Notez, par exemple, que le budget 2019 de notre organisation est financé à hauteur de 54% par des contributions étrangères. Il va sans dire que cela compromet l’indépendance de notre organisation. Un adage populaire dit que « qui reçoit un cadeau vent sa liberté ».

C’est donc à juste titre que je salue l’instauration du prélèvement spécial de 0,2% sur l’importation de certains produits afin d’aider les États membres à honorer, et à temps, leurs engagements financiers vis-à-vis de l’Union africaine. Cette décision, ajoutée à l’application des sanctions à l’endroit des États membres qui cumulent des arriérées de contributions, permettra d’assurer l’autonomie financière indispensable à l’indépendance de notre organisation.

Dans le rapport de la Banque africaine de développement intitulé « Visa Openness Index », qui analyse les politiques d’ouverture sur les visas au sein des pays du continent, le Togo se classe à la cinquième place. Quelle est la politique du Togo en matière de délivrance de visa actuellement et comment expliquez-vous les choix stratégiques du pays à ce sujet?

Ce classement est tout simplement la constatation de l’ouverture de mon pays au reste du monde. La politique étrangère du Togo est résolument panafricaniste. Très tôt, nous nous sommes engagés à promouvoir l’intégration africaine. Quoiqu’on relève ci et là quelques couacs, nous pouvons nous réjouir de l’effectivité de la libre circulation des personnes et des biens pour les ressortissants des 15 pays de notre espace communautaire, CEDEAO.

De façon générale, le Togo applique le système de visa à l’arrivée, ce qui permet à tout le monde de voyager sans problème jusqu’à une frontière du Togo où un visa lui sera donné. Croyez-moi, il s’agit d’une grande facilité. En plus, la diplomatie togolaise s’active à négocier avec des pays présentant un intérêt stratégique pour nous, des accords d’exemption de visa. En 2018, nous en avons signé avec la Namibie, le Qatar, le Royaume du Maroc, le Gabon et la République centrafricaine-

Au moment où on parle de la mise en place d’une zone de libreéchange continentale, il est toujours difficile pour un Africain de se déplacer sur le continent. N’estce pas paradoxal?

Je vous le concède, cela est paradoxal. Il incombe à l’Union africaine et à nos organisations sous régionales de mettre en place une réelle politique de libre circulation des personnes et des biens, condition sine qua non pour aller à plus d’intégration des peuples et des économies du continent.

Comment analysez-vous la mise en place de cette zone de libreéchange à laquelle le Togo a adhéré ?

Le Togo est fier de faire partie des États qui ont, à ce jour, ratifié l’accord de Kigali sur la Zone de Libre Échange Continentale Africaine. Cet accord est une étape importante dans la réalisation des attentes formulées par les pays africains dans le préambule de l’agenda 2063 visant notamment à créer un marché continental permettant la libre circulation des personnes et des biens. Le développement de l’Afrique passe inexorablement par le renforcement du commerce inter-africain.

Comment entrevoyez-vous l’intégration économique et politique en Afrique dans les prochaines années ?

La machine de l’intégration économique et politique en Afrique est déjà lancée. Elle va s’accélérer et se renforcer davantage au cours des années à venir, si l’on s’en tient à la tendance observée actuellement .

Robert Dussey : « Le partenariat avec l’Europe doit permettre de lever les obstacles au développement industriel de l’Afrique »

PROPOS RECUEILLIS PAR MICHEL LOBÉ EWANÉ

52 | FORBES AFRIQUE NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2018

La 108e session du Conseil des ministres ACP devait se tenir les 12 et 14 décembre 2018 à Bruxelles pour préparer le renouvellement de l’accord qui lie les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne. L’Europe est-elle toujours disposée à aider l’Afrique, alors que la géographie économique et la géopolitique du monde sont en pleine mutation et que de nouveaux acteurs, comme la Chine, l’Inde ou la Russie, foncent sur le continent et bousculent les certitudes et les positions historiques de la « vieille Europe » ?

Forbes Afrique : Ce mois de décembre se tenait une session du Conseil des ministres des pays ACP à Bruxelles. À quel stade se trouve le processus de renouvellement de l’accord liant l’Union européenne au groupe de pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ?

ROBERT DUSSEY : Les négociations en vue de la conclusion d’un nouvel accord qui devra encadrer le partenariat ACP-UE après février 2020 ont effectivement démarré le 18 octobre dernier à Bruxelles, après un lancement formel le 28 septembre à New York. Les travaux ont assez bien évolué. Le groupe central de négociation ACP au niveau des ambassadeurs et les hauts fonctionnaires de l’Union européenne ont tenu plusieurs sessions au titre de ce premier cycle de négociations qui a permis de se mettre d’accord sur les modalités pratiques de ces négociations.

Les deux parties sont également parvenues à un consensus sur la structure du prochain accord et travaillent actuellement à définir, chapitre par chapitre, les articles à y inclure. Elles ont aussi chargé l’équipe conjointe de rédaction d’élaborer un projet de texte qui sera soumis à l’examen des équipes techniques de négociation des deux parties. L’Union africaine est en train de mettre à la disposition des équipes de négociation des experts pour travailler ensemble afin de défendre les intérêts du continent dans le pilier africain. Car désormais, et contrairement aux précédents accords, il y aura trois piliers géographiques régionaux : l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique.

Pourquoi faut-il un groupe aussi large, englobant trois continents ayant des économies structurées de manières très différentes, pour aller négocier avec l’Union européenne! ? Pourquoi ne pas envisager des accords UE-UA ?

R. D. : Il faut remonter dans le temps, plus précisément à 1957 au moment de la conclusion du traité de Rome puis aux conventions de Yaoundé et de Lomé, pour comprendre les fondements historiques des relations entre l’Union européenne et les États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Pourquoi un groupe aussi large? C’est là justement la singularité et aussi la force, quoiqu’insuffisamment exploitée jusque-là, à notre sens, du groupe ACP. Son partenariat avec l’Europe est le plus complet, car couvrant des champs aussi variés que la coopération au développement, la coopération économique  et commerciale et le dialogue politique.

Les économies des trois composantes du groupe ACP sont orientées de manière différente, mais il y a une caractéristique qui leur est commune : ce sont toutes des économies en développement qui sont généralement confrontées aux mêmes difficultés structurelles. D’où l’intérêt de se regrouper pour tenter d’infléchir, en leur faveur, certaines règles ou décisions relatives par exemple au commerce ou à la coopération internationale.

L’existence d’un accord de partenariat ACP-UE n’empêche nullement l’Afrique d’avoir un cadre de coopération spécifique avec l’Europe. D’ailleurs, les paradigmes sont en train de changer. Depuis le sommet UE-UA de novembre 2017 à Abidjan, la volonté des deux continents de travailler directement ensemble a été affirmée. Il y a déjà et il y aura encore des discussions de continent à continent. C’est une dynamique irréversible. que nous encourageons. Mais il faut du temps pour tout changer. Le cadre ACP-UE est déjà une réalité avec des instruments juridiques existants.

Alors que l’Accord de Cotonou expirera en 2020, quel bilan peut-on faire de quatre décennies de partenariat ACP-UE ?

R. D. : L’objectif de l’Accord de Cotonou était «!la réduction, et à terme, l’éradication de la pauvreté, en cohérence avec les objectifs de développement durable et l’intégration progressive des États ACP dans l’économie mondiale!». Si l’on considère que les ACP regroupent aujourd’hui le plus grand nombre de pays les moins avancés, sans oublier leur part marginale dans le commerce et l’économie mondiale ainsi que la faible influence qu’ils ont sur la gouvernance de la planète, on peut conclure que cet objectif n’est pas atteint, et donc que le bilan n’est pas positif.

Cependant, la situation est beaucoup plus mitigée qu’elle n’y paraît. En réalité,  la taille de l’économie africaine a triplé depuis 2010 et beaucoup de pays africains ont atteint le statut de pays à revenu intermédiaire. De plus, 11 des 20 économies à plus forte croissance dans le monde en 2017 se trouvent en Afrique, ce qui fait dire aux observateurs avisés qu’elle est le continent de l’avenir. Dans les Caraïbes, à l’exception de Haïti, tous les pays ont enregistré des performances louables et sont aujourd’hui des pays à revenu intermédiaire, avec un développement important du secteur des services. Quant aux pays du Pacifique, qui sont presque tous des États insulaires, ils ont aussi fait des progrès notables. Le partenariat ACPUE, à travers la facilitation du commerce, la coopération au développement mise en oeuvre à travers les programmes indicatifs nationaux et régionaux ainsi que le mécanisme de l’enveloppe intra-ACP, y a contribué substantiellement.

On a beaucoup décrié le déséquilibre dans la coopération entre les pays d’Afrique et l’Union européenne. L’Afrique fournit l’Europe en matières premières non transformées tandis que l’Europe lui revend une partie de sa manufacture issue de ces mêmes matières premières. La négociation tient-elle compte de cette réalité? L’industrialisation du continent sera-t-elle prise en compte dans la négociation du nouvel accord?

R. D. : Vous soulevez ici une question importante, celle de la création de la valeur ajoutée et, par ricochet, de l’industrialisation de l’Afrique. Elle fait partie des priorités stratégiques du groupe ACP pour le prochain accord. Pour les ACP, le partenariat doit permettre de lever les obstacles en matière d’infrastructures, de main-d’oeuvre qualifiée, de politiques et de réglementations qui entravent le développement industriel. Le partenariat devra également permettre, entre autres, une mise à niveau industrielle dans les pays ACP à travers l’amélioration de la productivité, l’entrepreneuriat, la recherche, l’innovation, le transfert et la diffusion de technologies. Il doit par ailleurs favoriser la coopération dans la création de zones industrielles et l’accroissement de la valeur ajoutée dans les pays possédant des richesses agricoles et minérales comme ceux d’Afrique, appuyer les politiques visant à développer l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes et promouvoir l’utilisation efficace de l’économie numérique et les investissements directs étrangers. Mais qu’on ne se voile pas la face. Le partenariat ACP-EU, comme aucun autre d’ailleurs, ne permettra pas à lui seul à l’Afrique de s’industrialiser, tout comme on ne peut pas non plus empêcher l’Europe de chercher en Afrique des débouchés pour ses marchandises. C’est à l’Afrique de s’industrialiser. Il faut pour ce faire une réelle volonté d’en faire une priorité et effectivement prendre des mesures rigoureuses et courageuses en ce sens.

Quelles sont les autres priorités stratégiques du groupe ACP que vous souhaitez faire adopter aux Européens ?

R. D. : Les ACP mettront également un accent particulier sur la paix et la sécurité,  le commerce et l’investissement étant un autre axe prioritaire qui doit permettre aux ACP d’accéder au développement durable et de s’intégrer dans l’économie mondiale. Les questions de la mobilité et de la migration, du changement climatique et du dividende démographique sont une autre source de préoccupation des ACP, sans oublier la gouvernance des océans et l’économie bleue, pour n’en citer que quelques-unes.

Pourquoi les pays africains souhaitent-ils la suppression de l’article 8 de l’Accord de Cotonou, qui donne la possibilité à l’Union européenne de prendre des sanctions en cas de problème de gouvernance ?

R. D. : Si on se réfère à ses objectifs, le dialogue politique n’a pas été une mauvaise chose. Il a été d’ailleurs suffisamment large et inclusif dans sa mise en oeuvre, la plupart du temps. Ce qu’on lui reproche, c’est qu’il a été dominé par l’Union européenne, qui n’a pas toujours respecté toutes les procédures prescrites par l’Accord de Cotonou avant de prendre, très souvent de façon unilatérale, des sanctions contre des États africains, ce qui a donné l’impression qu’il a plus été un instrument de déséquilibre et de domination qu’un cadre de concertation de partenaires égaux. Contrairement à ce que vous soutenez, les ACP ne cherchent pas la suppression de l’article 8, mais préconisent qu’il soit renégocié dans l’optique d’avoir un dialogue politique amélioré et équilibré, basé sur le respect mutuel et celui de la souveraineté des États.

L’Afrique veut mettre en place une zone de libre-échange continentale. Comment prendre en compte cette évolution dans le futur Accord de Cotonou ?

R. D. : L’adoption en mars 2018 de l’accord sur la zone de libre-échange continentale est une étape importante dans la marche vers la liberté de circulation des personnes et des biens en Afrique. Le mandat de négociation ACP n’a pas spécifiquement abordé la question de la prise en compte de cette évolution dans le prochain accord ACP. Il a toutefois  encouragé la promotion d’un régime commercial préférentiel, en tenant compte de ceux existant entre les pays ACP, tels qu’envisagés par le marché unique de la Caricom (CSME) ou la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) africaine. Depuis le 11e  sommet extraordinaire de l’Union africaine qui s’est tenu à Addis-Abeba les 17 et 18 septembre, la décision importante a été prise d’encourager l’Union africaine à discuter directement  des questions prioritaires du continent telles que la zone de libre-échange économique, la migration ou encore les questions de paix et de sécurité.

 L’Europe a fait des questions migratoires l’un des enjeux de sa politique extérieure. Que lui proposerez-vous pour résoudre ce problème crucial! ?

R. D. : Les questions migratoires ne sont pas la préoccupation de l’Europe seule. Elles concernent également les pays africains dont les ressortissants sont nombreux à perdre la vie dans des conditions déplorables. Elles sont donc un enjeu aussi bien pour l’Europe que pour l’Afrique. Aucune des parties n’y parviendra seule. Quand bien même les approches de solutions peuvent être différentes d’un bord à l’autre de la Méditerranée, c’est à travers le dialogue et la concertation qu’on pourra trouver des solutions durables. La négociation du futur partenariat nous en donne l’occasion, fort heureusement. 

Le nouvel Accord de Cotonou se fera-t-il au détriment de la Chine?

R. D. : La Chine et l’Union européenne sont toutes les deux des partenaires stratégiques importants pour les ACP. Chacune a sa façon singulière de concevoir et de mettre en oeuvre sa relation avec les États ACP. Ces derniers et l’Afrique dans son ensemble ambitionnent de se développer et apprécient les soutiens des partenaires extérieurs qui sont en cohérence avec leurs priorités. Il revient aux Africains de tirer le meilleur profit de ces deux offres de partenariat, celui avec la Chine et celui avec l’Europe. Les deux ne sont pas exclusifs l’un et l’autre. 

Un socle commun vers un partenariat gagnant

Les négociations se poursuivent à Bruxelles depuis le mois de septembre entre le groupe des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l’Union européenne afin de parvenir à un nouvel accord de coopération.

Vendredi 14 décembre 2018, Robert Dussey, le chef de la diplomatie togolaise et négociateur en chef pour le compte des ACP, a rencontré Neven Mimica, le Commissaire européen pour la Coopération internationale et le Développement.

Les deux hommes ont salué l’avancée des discussions réalisées dans un délai très rapide par les équipes techniques. Plus important, un consensus a été trouvé sur la structure du futur accord. 

Toutefois M. Mimica a indiqué que la route était encore longue avant d’aboutir au résultat final. ACP et UE ont jusqu’à 2020 pour se mettre d’accord sur un texte.

M. Dussey s’est félicité de l’esprit d’ouverture et de compromis qui caractérisent ces pourparlers.

Jeudi, Robert Dussey avait fait un rapport d’étape lors du conseil des ministres ACP sur l’évolution du processus de négociation. 

Les 79 pays composant le bloc ACP n’ont rien d’uniformes. Les demandes et les besoins des pays du Pacifique ou des Caraïbes n’ont rien à voir avec ceux de l’Afrique. L’accord devra prendre en compte ces spécificités.

La finalité des discussions de Bruxelles est de parvenir à un nouvel accord consistant en un socle commun et trois partenariats régionaux. 

Le socle commun, applicable à tous les membres du partenariat, énumérera des objectifs, des priorités et des principes généraux et permettra de renforcer la coopération au niveau international. 

Les partenariats régionaux constitueront le centre de gravité et fixeront des priorités régionales spécifiques pour les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, conformément aux dynamiques régionales renforcées et à l’importance accrue des organisations régionales. 

ACPUE – “Les enjeux ont changé”

Le Ministre des Affaires Etrangères du Togo, chef des négociations du Groupe ACP revient dans cette vidéo sur les enjeux liés au nouvel accord entre le Groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) et l’Union Européenne qui devrait succéder à l’accord de Cotonou, expirant en 2020. 

Interview à Bruxelles du Ministre des Affaires Etrangères du Togo.

Il s’exprimait en marge de la réunion du GCN du Conseil des Ministres ACP au cours de laquelle il avait lu le communiqué final dont un extrait suivant : 

Robert Dussey, Ministre des Affaires Etrangères du Togo au GCN

Suivre les activités du Ministre sur Twitter: 
https://twitter.com/rdussey

Négociations ACP-UE : coup d’envoi, enjeux et type d’accord envisagé

Par S.E.Pr. Robert DUSSEY, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine du Togo, Négociateur en chef du Groupe ACP pour le post-Cotonou

Le coup d’envoi des négociations devant conduire à un nouvel accord de partenariat ACP-Union européenne (UE) en remplacement de l’accord de Cotonou qui expire en février 2020 a été donné le 28 septembre 2018 à New York, aux Etats-Unis, en marge de la 73ème session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies sur décision des deux parties. Par cette cérémonie solennelle, l’UE et le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ont officiellement acté leur option pour la continuité. Le monde a profondément changé et le futur accord devra intégrer un certain nombre de réalités si le partenariat ACP-UE veut vraiment être en phase avec l’esprit du temps.

Le contexte actuel est celui du décentrement du monde, le monde n’a plus de centre et de périphéries et, pour dire les choses crûment, l’Occident ni l’Europe ne sont plus le centre du monde. Le monde se définit aujourd’hui par une multipolarité portée par une diversité d’acteurs qui travaillent à peser sur son destin. Tenir compte de cette évolution historique permet de faire évoluer le partenariat ACP-UE pour l’inscrire dans une logique inédite : celle d’une stricte égalité caractérisée par la justice et l’équité des termes de la coopération. Les ACP attendent plus d’équité et moins de déséquilibre dans le futur accord de partenariat. Les limites de l’accord de Cotonou en termes de déséquilibre dans le rapport des échanges commerciaux sont connues de tous.

L’une des difficultés du partenariat ACP-UE, du début jusqu’à présent, c’est l’inégalité productive des deux parties. L’économie européenne a une grande force de production alors que les ACP ont une capacité productive très faible. L’inégale « capabilité », pour reprendre l’expression d’Amartya Sen*, qui caractérise les économies des deux parties pose problème. L’avantage de l’UE en termes de possibilité d’échanges commerciaux avec les ACP est très supérieur à celui du Groupe ACP.

Si par principe le marché européen est ouvert aux pays membres des ACP, ces derniers ne tirent pas encore sur le plan commercial suffisamment d’avantage. La faiblesse des capacités productives des ACP ne leur permet pas de tirer meilleur profit des possibilités que leur offre l’ouverture du marché européen. Le libre accès au marché européen est un atout pour les ACP, mais travailler à tirer davantage de profits du marché européen demeure un défi. Les ACP doivent travailler à renforcer leurs capacités productives et à augmenter le niveau de leurs exportations vers l’UE.

L’exigence d’équilibre des ACP dans les termes du futur accord de partenariat est connue de l’UE, mais faire en sorte que cet équilibre voulu et exprimé devienne une réalité reste un défi. D’où le travail de fond qui doit se faire et se fait toujours du côté des ACP. Les experts et les négociateurs des ACP travaillent au quotidien à l’interne sur les négociations. Ce travail de fourmi mérite d’être fait parce que les négociateurs actuels des ACP sont très conscients de leur responsabilité historique. Négocier au nom de 79 pays sans un sens élevé de responsabilité serait une faute grave que les générations futures du Groupe ACP ne pourront comprendre ni pardonner.

Les négociations sont conduites en toute responsabilité et aboutiront à un accord unique de partenariat à socle commun ayant trois piliers régionaux spécifiques. Le socle commun de l’accord portera sur les objectifs, les priorités et les principes généraux du futur accord et sur l’action multilatérale de l’UE et du Groupe ACP sur la scène mondiale. Les trois piliers régionaux seront des partenariats spécialisés entre l’UE et chacune des zones géographiques des ACP à savoir l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, dans le cadre du partenariat ACP-UE. L’accord envisagé, de par sa structure, marque une rupture par rapport au passé.

L’objectif étant d’arriver à la signature d’un nouvel accord de partenariat ACP-UE au plus tard en 2020, les négociations qui, selon Antoine Pecquet (1704-1762) dans son ouvrage Discours sur l’art de négocier, préparent « les grands évènements », doivent être menées à un rythme soutenu.

Logiquement, la première phase des négociations permettra aux deux parties d’accorder leurs violons sur la structure du futur accord et surtout sur le format de l’organisation et la tenue des différentes séquences des négociations.

La deuxième phase des négociations portera sur le socle commun de l’accord. Elle permettra aux parties de s’entendre sur les principes directeurs, les objectifs généraux et les priorités générales de leur partenariat.

La troisième phase des négociations aura pour objet les trois piliers ou partenariats régionaux. La dernière phase des négociations sera celle de la consolidation de tous les acquis du processus, du réexamen de toute question ou sujet en suspens et de la conclusion des négociations. Le processus s’annonce un peu long mais nous y arriverons. « Espérer n’est pas une sottise, mais témoigne de la sagesse », dit le philosophe polonais Henryk Skolimowski

RELATIONS AFRIQUE-UE : Un mélange de fascination et de méfiance, Par Robert Dussey

Extrait du N°06 de METRO UN, Le magazine DES POINTS DE VUE SUR LES DÉBATS AUX NATIONS UNIES 

Par Robert Dussey, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération et de l’Intégration Africaine du Togo

Les 5 et 6 juin prochains se dérouleront les Journées de Développement de l’Europe. Comme à chaque édition, cette grand-messe, dont le thème principal cette année sera « Les femmes et les filles au premier plan du développement durable : protéger, autonomiser, et investir », rassemblera les acteurs du développement pour discuter des principaux défis qui se posent au monde. Pour des raisons évidentes, l’Afrique devrait être au menu des discussions.

L’Europe et l’Afrique sont, en effet, deux continents que la géographie a rapprochés, mais qu’une histoire douloureuse a, d’une certaine façon, éloignés. La conséquence de cette histoire est que la relation entre les deux blocs a toujours été marquée par un mélange de fascination et de méfiance. Le sentiment d’un destin lié mais d’une alliance impossible prédomine. Le tollé suscité dans une partie de l’Afrique francophone suite à l’inauguration, le 9 mai dernier, de la « nouvelle Place de l’Europe » à Gorée, lieu emblématique de la traite négrière transatlantique, illustre à merveille la complexité de cette relation. 

Ce projet de rénovation d’un site historique, qui avait initialement été inauguré par l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, en 2003, a été financé en grande partie par l’Union européenne. Mais ce geste, qui se voulait d’amitié, a été jugé maladroit par les uns, et scandaleux par les autres. Cette relation de défiance ne peut plus durer, car le risque qu’elle fait peser sur les deux continents est désormais trop élevé. Malgré des taux de croissance nominaux flatteurs depuis une décennie, la pauvreté reste importante en Afrique. 

Les inégalités se creusent et la croissance démographique se poursuit. Dans les zones rurales, les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient. Ils causent famine et conflits, et poussent de nombreux jeunes désoeuvrés dans les bras des groupes terroristes qui pullulent désormais sur le continent et menacent la stabilité des États africains. Dans les zones urbaines, des milliers de jeunes, parfois diplômés, mais sous employés ou sans emploi, sont otages de systèmes politiques qui, pour toutes sortes de raisons, bonnes comme mauvaises, se révèlent incapables de leur offrir les conditions d’une vie meilleure. Sans surprise, ces jeunes africains prennent le chemin de l’exil européen, souvent au péril de leur vie. Le terrorisme, les conséquences du changement climatique, l’immigration clandestine, sont des défis majeurs pour l’Afrique, et par conséquent, pour l’Europe. 

Cette Europe est d’autant plus concernée par le destin de l’Afrique qu’elle y a depuis toujours des intérêts importants. Des intérêts dont la poursuite, légitime, la conduisent trop souvent à des alliances et des soutiens dont les conséquences sont néfastes aussi bien pour les populations africaines que, de plus en plus, pour les citoyens européens. C’est la raison pour laquelle il faut renouveler le logiciel de la relation Afrique-Europe. Côté européen, celle-ci s’est historiquement limitée à des liens institutionnels, à la promotion abstraite de grands principes démocratiques, et à la défense, parfois cynique, de positions commerciales. Il faut aujourd’hui établir des liens de confiance avec une jeunesse africaine plus informée, consciente des enjeux globaux et désireuse de prendre part aux affaires du monde. 

Le bilan de 30 ans de démocratie électorale en Afrique est décevant, car celle-ci a été implantée sur des États-nations fragiles. Peut-être est-il temps d’oeuvrer au renforcement de ces États-nations. Côté africain, presque cinq décennies après les Indépendances, il faut s’efforcer d’établir une relation de confiance avec l’Europe. Sur ce point, les diplomates africains ont un rôle éminent à jouer pour expliquer la vision africaine du monde à l’Europe, trouver des points de convergence, défendre des projets d’intérêts communs, et oeuvrer ensemble à l’avènement d’un monde plus stable, car plus juste.

Togo – Norvège : Robert Dussey rencontre son homologue norgévien à Oslo

Le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, a rencontré vendredi 09 novembre à Oslo son homologue norvégienne, Ine Eriksen Søreide.

La discussion s’est focalisée sur la coopération économique, sur les questions de sécurité et de stabilité en Afrique.

M. Dussey a participé hier au sommet pays nordiques-Afrique dont le thème portait sur la promotion de l’économie bleue, les activités maritimes et les énergies nouvelles. Autant de sujets qui intéressent le Togo dont l’ambition est de devenir un hub logistique.

Le ministre des Affaires étrangères était l’invité dans la matinée du Peace Research Institute Oslo (PRIO) pour une conférence consacrée à l’extrémisme violent et aux défis de la sécurité en Afrique de l’Ouest.

Les participants se sont interrogés sur le rôle peut jouer la diplomatie préventive.

M. Dussey avait à ses côtés Øystein H. Rolandsen et Jenny Lorentzen, chercheurs au PRIO. Fondé en 1959, cet institut mène des recherches sur les conditions propices à des relations pacifiques entre Etats. Le PRIO analyse comment les conflits éclatent et comment ils peuvent être résolus, mais aussi comment les sociétés traitent les crises et les menaces de crise. 

PRIO développe les connaissances théoriques et affine les méthodologies de recherche.

Cette excellence académique doit avoir un impact significatif sur les sociétés, estiment les dirigeants de l’institut.

Robert Dussey et Patrick Gomez

ACP : Communiqué de Presse du chef ACP pour les négociations avec l’UE à Bruxelles

Mesdames et Messieurs de la presse,
Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue et de vous remercier tous de votre présence ici.

Pendant plus de quatre décennies, le partenariat ACP-UE n’a cesse de s’approfondir et de s’élargir Les Conventions de Lomé successives et l’Accord de partenariat de Cotonou ont constitué des instruments importants pour soutenir les efforts déployés par les États ACP afin de relever divers défis rencontrés dans la quête et le maintien d’un développement axé sur les personnes Au titre des négociations en vue d’un accord de partenariat post-Cotonou, qui se dérouleront dans un 21e siècle marqué par une évolution technologique rapide, les États ACP s’efforceront d’obtenir un accord moderne, adaptable et répondant â leurs ob1ectifs, qui contribuera à l’accélération de la transformation de leurs économies.

L’expiration de l’Accord de Cotonou en 2020 offre aux deux parties une occasion exceptionnelle de moderniser leurs relations de manière à ce qu’elles soient en phase avec les réalités actuelles et nouvelles. Le nouveau partenariat devra permettre au Groupe ACP et à l’UE d’affiner ensemble leurs approches des questions nationales et régionales et de définir leur
capacité à oeuvrer conjointement â l’avènement d’un environnement international stable et progressiste qui ne laisse personne sur le côté.

Le Groupe ACP oeuvre à ce que l’objectif du nouvel accord soit la contribution à la réalisation du développement durable dans tous les pays ACP à travers un partenariat économique et politique renforcé et approfondi, ainsi que le positionnement du Groupe comme un acteur plus efficace sur la scène internationale. A cet effet, il conviendra de procéder à un alignement avec le programme de développement à l’horizon 2030 et les ODD, qui en constitueront le cadre général, en prenant dûment en considération les conférences et Sommets des Nations Unies, l’Accord de Paris sur les changements climatiques, la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement, les programmes continentaux et régionaux, tels que l’Agenda 2063 de l’Union africaine, et l’approfondissement et l’élargissement de l’intégration régionale dans les Caraîbes et le Pacifique.

Comme vous le savez sans doute, l’ouverture officielle des négociations est intervenue à New York le 28 septembre 2018 en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. C’était un événement symbolique. Nous avons démontré notre détermination à travailler ensemble et à coopérer dans la recherche de solutions aux problèmes planétaires qui affectent nos pays, pas seulement les États ACP mais aussi ceux de l’Union européenne. Cette coopération est plus que nécessaire au moment où nous déployons des efforts concertés pour lutter contre l’attitude négative croissante à l’égard du multilatéralisme.

Le Groupe ACP a mis en place une structure de négociation dont la présidence est assurée par des Ambassadeurs, tant en ce qui concerne le groupe central de négociation que les équipes techniques de négociation. Cette structure repose sur le principe d’mclusivité, dans la mesure où toutes les régions ACP participent à ce processus impulsé par les membres Le
groupe central de négociation est présidé par le Togo, avec Guyana et la Papouasie-Nouvelle-Guinée comme Vice-présidents. Quant aux équipes techniques de négociation chargées des discussions sur les piliers stratégiques du Mandat ACP elles sont présidées par Trinité-et-Tobago, Samoa et le Zimbabwe.

C’est pour moi un plaisir d’avoir l’occasion de prendre la parole lors de la première session des négociations techniques. Les deux parties commenceront par s’accorder sur les modalités pratiques, notamment en ce qui concerne les dispositions pratiques à mettre en place pour les négociations.

Elles procèderont à une comparaison des Directives de négociation de l’Union européenne et du Mandat de négociation du Groupe ACP afin d’établir de quelle façon la structure et les priontés stratégiques du futur accord seront alignées.

Nous espérons que le nouveau partenariat contribuera à stimuler le développement de nos pays. Nous envisageons de conclure un accord prenant en considération les réalités du monde moderne

Je vous remercie de votre aimable attention Je suis â présent disposé à répondre à quelques questions.

Robert Dussey intervenant au cours de la conférence de presse

Les ministres arméniens et togolais discutent de questions de coopération

Le ministre arménien des Affaires étrangères, Zohrab Mnatsakanyan, a rencontré aujourd’hui le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, arrivé en Arménie pour participer au 17ème sommet de la Francophonie.

Au cours de la réunion, les parties ont discuté de la possibilité d’instaurer une coopération étroite dans différentes directions, ont évoqué la nécessité d’activer les liens entre le commerce et l’économie et de mettre en place un partenariat régional.

Les deux ministres ont attaché de l’importance au format multidimensionnel du partenariat et à la plate-forme des organisations francophones, en particulier pour la discussion de différentes questions d’intérêt mutuel.

Les ministres ont également échangé des idées sur l’agenda du 17ème sommet de l’OIF.

ACP : “Le prochain accord devra remédier au déséquilibre commercial en faveur de l’Europe”

Le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne ont entamé de longues négociations pour établir un nouveau partenariat en 2020 pour une période de 20 ans.

Le cycle de négociations entre la commission de l’Union européenne et les 79 pays du groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) sur l’avenir de l’Accord de Cotonou a été ouvert à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Les discussions sérieuses sur ce partenariat politique, économique et sécuritaire mais aussi migratoire reprendront à Bruxelles, le 18 octobre, afin d’être conclues avant l’été 2019.

Le négociateur en chef de l’UE est Neven Mimica, commissaire chargé de la Coopération internationale et du développement.

Celui pour les ACP, Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères et de la coopération du Togo, s’est confié au quotidien français l’Opinion.

Les négociations en vue de la signature d’un nouvel accord de partenariat ACP-UE ont commencé début octobre. Comment vont-elles se dérouler ?

Ces négociations, vous l’avez dit, conduiront à terme au renouvellement de l’accord de partenariat ACP-UE. L’objectif étant de les finir avant l’été 2019, elles doivent être menées à un rythme soutenu et dans un sens élevé de responsabilité. Logiquement la première phase des négociations permettra aux deux parties, c’est-à-dire à la partie européenne et au Groupe ACP, d’accorder leurs violons sur la structure du futur accord et surtout sur le format de l’organisation et la tenue des différentes séquences des négociations. 

La deuxième phase des négociations portera sur le socle commun de l’accord envisagé, précisément sur les questions et sujets à y inscrire. Elle permettra aux parties de s’entendre sur les principes directeurs, les objectifs généraux et les priorités générales de leur partenariat. La troisième phase des négociations aura pour objet les trois piliers ou partenariats régionaux à savoir le pilier Afrique, le pilier Caraïbes et le pilier Pacifique. La dernière phase des négociations sera  celle de la consolidation de tous les acquis du processus, du réexamen de toute question ou sujet en suspens et de la conclusion des négociations. Comme vous l’aurez constatez vous-même le processus s’annonce un peu long mais nous y arriverons. 

Au regard de la géographie et des disparités, est-ce que cela a encore un sens de négocier au nom du bloc ACP ?

Nous nous sommes posé la même question et elle a fait l’objet de débat au sein du bloc ACP. Au finish, nous avons décidé de rester ensemble pour négocier le nouvel accord dans une démarche unitaire. Cette volonté et décision de demeurer ensemble au niveau du Groupe ACP tient cependant compte, et il s’agit là d’une évolution positive, de la géographie et des disparités dont vous parlez dans la mesure où elle laisse une certaine autonomie à chaque zone géographique des ACP, à savoir l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, dans la négociation des trois partenaires régionaux spécifiques de l’accord. La structure même de l’accord envisagé constitue une réponse à cette préoccupation. Mieux, l’un des enjeux du futur accord, c’est d’arriver à un accord de partenariat ACP-UE qui tient vraiment compte des réalités et des priorités stratégiques de chacune des trois sphères géographiques du Groupe ACP. 

Quel bilan faites-vous de l’Accord de Cotonou ?

L’accord de Cotonou qui a relayé les Conventions de Lomé dans l’histoire du partenariat ACP-UE est globalement positif en matière d’aide au développement. Cependant, il n’a pas tenu ses promesses sur le plan des échanges commerciaux, des investissements et du progrès économique. Le commerce bilatéral entre les ACP et l’UE est aujourd’hui largement déséquilibré au profit de l’Europe. Cette vérité de fait, on n’a pas besoin d’être un économiste ni sortir de l’Université de Harvard pour le savoir. Mieux, les deux parties ont conscience de cette vérité. 

Quelles évolutions voulez-vous voir prises en compte dans le prochain accord ?

Le prochain accord devra remédier à ce déséquilibre. Nous le voulons plus juste, équitable et responsable. Il devra aussi réellement prendre en compte le droit légitime des peuples ACP au développement, la réalisation des Objectifs du développement durable, l’Accord de Paris sur les changements climatiques et l’Agenda 2 063 de l’Union Africaine. Les pays africains déplorent les conditionnalités imposées par l’UE et veulent purement et simplement la suppression de l’article 8 de l’accord de Cotonou qui donne la possibilité à la Commission de l’UE de leur imposer des sanctions en cas de problème de gouvernance. Les ACP, en particulier l’Afrique veut avoir un partenariat totalement décomplexé avec l’Europe et estiment que cet article n’aura plus à place dans le futur accord. Les ACP souhaitent aborder les questions politiques, relatives aux droits l’homme et aux libertés publiques dans le seul espace de concertation réservé aux dirigeants politiques et j’espère que les négociations permettront aux deux parties de se mettre d’accord sur la meilleure formule. Le monde a évolué. Un partenariat sans paternalisme ne peut qu’être à l’avantage des deux parties. Tenir compte de cette réalité dans les négociations est important.   

La possibilité d’un partenariat spécial entre les ACP et la Grande Bretagne n’est pas exclue

Craignez-vous une baisse des aides européennes avec le Brexit quand on sait que la Grande-Bretagne finance le Fonds européen de développement à hauteur de 17 % ?

La question d’aide au développement est une question très délicate et vous devez savoir que les ACP sont très bien conscients aujourd’hui que l’aide au développement n’est pas une panacée. L’aide au développement est bon, mais plus d’investissement européen dans les pays ACP et de justice dans les échanges commerciaux serait meilleur. Les ACP ont besoin plus d’investissement européen et de justice commerciale que d’aide. Pour revenir à votre question, il faut d’emblée dire que nous n’avons rien à craindre. Mieux, nous ne connaissons pas encore l’issue du Brexit. Au moment venu le Groupe ACP prendra acte de l’issue du Brexit quelle qu’elle soit. La possibilité d’un partenariat spécial entre les ACP et la Grande-Bretagne n’est pas à mon sens exclue, mais tout ceci doit être décidé et discuté au sein du Groupe ACPqui veut se positionner aujourd’hui comme une véritable institution de service aux peuples ACP. 

Les Accords de partenariat économique (APE, entre l’UE et les blocs régionaux) ont-ils une chance d’aboutir alors que les 54 pays de l’Union africaine projettent de mettre en place une grande zone de libre-échange continentale ? 

Les APE risquent d’être dépassés par la Zone de libre-échange continentale (Zlec). Quand cette zone se mettra en place, les APE disparaîtront d’eux-mêmes. Nous devrons renégocier un accord de partenariat économique pour toute l’Afrique sur la base d’une discussion franche. Cela devrait prendre du temps.

Que deviennent les pays d’Afrique du nord qui ne font pas partie des ACP dans ce dispositif ? 

Les pays du Maghreb ne sont pas concernés par le partenariat ACP-UE et ont leur propre dispositif de coopération avec l’Union européenne. Mais ces pays ont vocation à intégrer la Zlec. Nous allons devoir trouver une solution. L’objectif, c’est d’arriver, lorsque la Zlec sera effective, à un partenariat unique entre l’Europe et l’Afrique. Dans les années à venir, il n’est pas exclue que cela devienne une réalité. En tout cas, je suis optimiste et le temps nous en dira plus. 

L’Europe compte beaucoup sur l’Afrique pour enrayer la crise migratoire. Quelles sont vos propositions ?

La question de la migration africaine vers l’Europe est avant tout une question africaine parce ce sont les jeunes africains qui meurent en mers et/ou précarisent leurs vies. Nous allons faire des propositions aux Européens, notamment en termes de mobilité interafricaine, d’octroi de plus d’opportunités aux jeunes dans nos pays en Afrique, de gestion concertée des flux de migrants et de réfugiés, et de droits des migrants. Nous envisageons aussi développer des stratégies de communication à visée pédagogique pour encourager nos jeunes à rester et à se réaliser en Afrique puisque l’une des causes incontestables de la migration de nos jeunes vers l’Europe, ce sont les préjugés et les idées reçues sur l’Europe. Tout compte fait, nos experts sont en train de travailler sur ses propositions et nous en discuteront avec la partie européenne au moment venu. 

Quel partenariat préconisez-vous en termes de paix et de sécurité ?

Les questions relatives à la paix et à la sécurité vont occuper une bonne place dans le nouvel accord de partenariat ACP-UE. Les questions de sécurité et de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme seront discutées lors des négociations et les deux parties feront en sorte que le partenariat UE-UE soit un partenariat au service de la cause la paix et de la sécurité. Les deux parties savent bien que la paix et la sécurité font partie de la liste des « capabilités fonctionnelles de base » dont nos pays ont besoin pour travailler efficacement à leur développement et progrès économique. 

Le type de partenariat en termes de paix et de sécurité qui serait le mieux adapté est celui qui est en phase avec le travail endogène des ACP au service de la paix et la sécurité. En Afrique, en particulier ce partenariat doit être en phase avec le travail des organisations régionales (CEDEAO, CEEAC, SADC, etc.) et de l’Union africaine dans le domaine de la paix et de la sécurité. Le partenariat ACP-UE doit participer à l’effort de guerre contre l’extrémisme violent et le terrorisme en Afrique et dans le monde. 

L’Europe n’est-elle pas en train de se faire dépasser par des pays comme la Chine ?

La question ne pose pas en ces termes. Il faut plutôt prendre acte du fait que le monde a changé et prendre en compte cette évidence au plan des conduites à tenir. L’Europe doit travailler davantage à fidéliser ses partenaires ACP et africains. Le marché de la coopération en Afrique aujourd’hui est un marché de rudes concurrences. Tenir compte de cette évidence est un défi pour l’Union européenne. 

L’Europe doit composer avec la présence chinoise en Afrique comme une réalité historique qui l’invite à faire évoluer qualitativement et considérablement son partenariat avec le Groupe ACP et surtout avec l’Afrique. L’Europe ne doit pas perdre de vue la volonté clairement exprimée par les pays africains et l’Union africaine de traiter avec elle dans un strict rapport d’égalité. En restant attentive à l’Afrique en qui ce concerne cette exigence, l’Europe, je crois, pourra conserver sa position dominante.

Robert Dussey : “Il est dans l’intérêt de l’Europe que les ACP se développent”

Les négociations vont durer deux ans pour déterminer le nouveau cadre
entre le groupe ACP et l’Union européenne. Robert Dussey, ministre des
Affaires étrangères du Togo, détaille ici l’organisation et les enjeux de
ces rencontres capitales pour l’avenir des deux parties.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Vous présidez, au nom du Togo, les négociations devant conduire à un nouvel accord de partenariat ACP-UE devant relayer l’accord de Cotonou. Quelle est la composition de l’équipe de négociation du groupe ACP ?

L’accord de Cotonou qui sous-tend actuellement le partenariat ACP-UE arrive à terme en février 2020. Selon cet accord, Les négociations en vue d’un nouvel accord de coopération doivent commencer dix-huit mois avant sa péremption. Chacune des deux parties (Union européenne, Groupe ACP) s’apprête à entamer les négociations et c’est dans cette perspective que le Groupe ACP a créé le Groupe central de négociation (GCN) et les Équipes techniques de négociation (ETN).

Le GCN a des attributions précises. Il est chargé, suivant la décision du Conseil des ministres du groupe ACP lors de sa 105e session tenue en mai 2017, de superviser et de guider le processus de négociation.
Il a également en charge les thèmes et questions transversaux inscrits dans le mandat de négociation du groupe ACP et a deux niveaux hiérarchiques de responsabilité, le niveau ministériel et le niveau des
ambassadeurs.

Pour revenir à votre question, le GCN que le Togo préside est composé de douze pays membres. Chacune des six régions du groupe ACP à savoir les Caraïbes, le Pacifique, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et l’Afrique de l’Ouest est représentée dans le GCN par deux pays.
Les Caraïbes sont représentées dans le GCN par la Guyane et la Jamaïque, le Pacifique par Samoa et Papouasie-Nouvelle Guinée, l’Afrique centrale par le Cameroun et le Tchad, l’Afrique de l’Est par l’Éthiopie et le Kenya, l’Afrique australe par la Namibie et le Lesotho et l’Afrique de l’Ouest par le Nigeria et le Togo. Les douze pays membres du GCN ont chacun des suppléants régionaux qui les remplacent en cas d’indisponibilité ou de désistement. Si la responsabilité des négociations sur les thèmes et questions transversaux du mandat de négociation du Groupe ACP revient aux ambassadeurs représentants leurs pays dans le GCN, celle sur les piliers stratégiques du mandat revient aux ETN qui travaillent et rendent compte au GCN.

Le dispositif compte trois ETN dont la composition est axée sur les piliers tels que le commerce, investissement, industrialisation et service ; la coopération au développement, technologie, science et innovation ; le dialogue politique et plaidoyer. Les trois piliers stratégiques sont bien entendu facilement convertibles en piliers géographiques. Chacune des six régions du Groupe ACP est représentée dans chaque ETN.

Les Caraïbes sont représentés par la République dominicaine et Trinitéet- Tobago, dans l’ETN qui travaille sur Commerce, investissement, industrialisation et service ; par Grenade et Guyane dans l’ETN, qui travaille sur Coopération au développement, technologie, science et innovation et par Belize et Jamaïque dans l’ETN qui travaille sur Dialogue politique et plaidoyer.

Le Pacifique est représenté Papouasie- Nouvelle Guinée et Fidji, dans l’ETN qui travaille sur le pilier 1, par Samoa et Vanuatu dans celle qui travaille sur le pilier 2, et par Îles Salomon et Timor Leste. dans celle qui travaille sur le pilier 3.

L’Afrique centrale est représentée respectivement dans les trois ETN par le Cameroun et la Centrafrique, le Tchad et la République du Congo, le Gabon et la RD Congo ; l’Afrique de l’Est par Maurice et Tanzanie, Soudan et Somalie, Djibouti et Érythrée ; l’Afrique Australe par Afrique du Sud et Swaziland, Malawi et Zambie, Zimbabwe et Mozambique ; l’Afrique de l’Ouest par le Ghana et le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, la Gambie et la Guinée-Bissau.

Toutes les régions du Groupe ACP sont bien représentées dans le processus de négociations devant conduire à la signature d’un nouvel accord de partenariat entre l’Union européenne et les ACP

Les Africains vont-ils pousser pour renouveler l’approche des rapports entre l’Union européenne et les ACP ?

Absolument. Le monde a changé et les deux parties le savent bien. La coopération ACP-UE ne peut conduire au développement voulu et espéré par les ACP que si elle n’annihile pas leurs initiatives endogènes de développement, ne compromet pas, pour emprunter le mot à Amartya Sen, « les capabilités » des ACP par la désindustrialisation et le démantèlement de leurs économies.

Il est dans l’intérêt économique, stratégique, géopolitique, de l’Europe, que les ACP se développent. Penser le contraire serait un manque d’ambition et d’imagination.

La particularité du futur accord de partenariat ACP-UE réside dans sa structure. Il s’agira d’un accord composé d’un socle commun applicable à tous les membres du partenariat et de trois partenariats régionaux spécifiques révisables à intervalles réguliers. Les trois partenariats régionaux spécifiques à l’intérieur de l’accord dont il s’agira sont le Partenariat UE-Caraïbes, le Partenariat UE-Pacifique et le Partenariat UE-Afrique. Dans un schéma de ce genre, l’Afrique a la place qu’elle mérite et saura bien entendu choisir les éléments qui lui tiennent à coeur et qu’elle voudrait inscrire dans le nouvel accord de partenariat ACP-Union européenne

L’Afrique sera-t-elle en mesure d’intégrer ses priorités dans ces négociations où les thématiques sont déjà arrêtées?

Bien sûr ! Tout est possible dans le domaine des affaires humaines, voilà ma conviction. Comme je l’ai déjà dit, les ACP sont ouverts aux apports. Ils doivent rester ouverts et ceci pour la sérénité même du processus des négociations.

L’Afrique est libre d’enrichir le travail du Groupe central de négociation. Le GCN travaille pour tout le groupe ACP. Laisser la liberté à une partie du groupe ACP qu’est l’Afrique de définir ses priorités n’est pas incompatible avec le choix d’avoir un accord de partenariat post-Cotonou sous la bannière des ACP.

La nature du nouvel accord de partenariat à signer avec l’UE donne à l’Afrique la possibilité d’y intégrer ses priorités