ACP : “Le prochain accord devra remédier au déséquilibre commercial en faveur de l’Europe”

Le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne ont entamé de longues négociations pour établir un nouveau partenariat en 2020 pour une période de 20 ans.

Le cycle de négociations entre la commission de l’Union européenne et les 79 pays du groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) sur l’avenir de l’Accord de Cotonou a été ouvert à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Les discussions sérieuses sur ce partenariat politique, économique et sécuritaire mais aussi migratoire reprendront à Bruxelles, le 18 octobre, afin d’être conclues avant l’été 2019.

Le négociateur en chef de l’UE est Neven Mimica, commissaire chargé de la Coopération internationale et du développement.

Celui pour les ACP, Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères et de la coopération du Togo, s’est confié au quotidien français l’Opinion.

Les négociations en vue de la signature d’un nouvel accord de partenariat ACP-UE ont commencé début octobre. Comment vont-elles se dérouler ?

Ces négociations, vous l’avez dit, conduiront à terme au renouvellement de l’accord de partenariat ACP-UE. L’objectif étant de les finir avant l’été 2019, elles doivent être menées à un rythme soutenu et dans un sens élevé de responsabilité. Logiquement la première phase des négociations permettra aux deux parties, c’est-à-dire à la partie européenne et au Groupe ACP, d’accorder leurs violons sur la structure du futur accord et surtout sur le format de l’organisation et la tenue des différentes séquences des négociations. 

La deuxième phase des négociations portera sur le socle commun de l’accord envisagé, précisément sur les questions et sujets à y inscrire. Elle permettra aux parties de s’entendre sur les principes directeurs, les objectifs généraux et les priorités générales de leur partenariat. La troisième phase des négociations aura pour objet les trois piliers ou partenariats régionaux à savoir le pilier Afrique, le pilier Caraïbes et le pilier Pacifique. La dernière phase des négociations sera  celle de la consolidation de tous les acquis du processus, du réexamen de toute question ou sujet en suspens et de la conclusion des négociations. Comme vous l’aurez constatez vous-même le processus s’annonce un peu long mais nous y arriverons. 

Au regard de la géographie et des disparités, est-ce que cela a encore un sens de négocier au nom du bloc ACP ?

Nous nous sommes posé la même question et elle a fait l’objet de débat au sein du bloc ACP. Au finish, nous avons décidé de rester ensemble pour négocier le nouvel accord dans une démarche unitaire. Cette volonté et décision de demeurer ensemble au niveau du Groupe ACP tient cependant compte, et il s’agit là d’une évolution positive, de la géographie et des disparités dont vous parlez dans la mesure où elle laisse une certaine autonomie à chaque zone géographique des ACP, à savoir l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, dans la négociation des trois partenaires régionaux spécifiques de l’accord. La structure même de l’accord envisagé constitue une réponse à cette préoccupation. Mieux, l’un des enjeux du futur accord, c’est d’arriver à un accord de partenariat ACP-UE qui tient vraiment compte des réalités et des priorités stratégiques de chacune des trois sphères géographiques du Groupe ACP. 

Quel bilan faites-vous de l’Accord de Cotonou ?

L’accord de Cotonou qui a relayé les Conventions de Lomé dans l’histoire du partenariat ACP-UE est globalement positif en matière d’aide au développement. Cependant, il n’a pas tenu ses promesses sur le plan des échanges commerciaux, des investissements et du progrès économique. Le commerce bilatéral entre les ACP et l’UE est aujourd’hui largement déséquilibré au profit de l’Europe. Cette vérité de fait, on n’a pas besoin d’être un économiste ni sortir de l’Université de Harvard pour le savoir. Mieux, les deux parties ont conscience de cette vérité. 

Quelles évolutions voulez-vous voir prises en compte dans le prochain accord ?

Le prochain accord devra remédier à ce déséquilibre. Nous le voulons plus juste, équitable et responsable. Il devra aussi réellement prendre en compte le droit légitime des peuples ACP au développement, la réalisation des Objectifs du développement durable, l’Accord de Paris sur les changements climatiques et l’Agenda 2 063 de l’Union Africaine. Les pays africains déplorent les conditionnalités imposées par l’UE et veulent purement et simplement la suppression de l’article 8 de l’accord de Cotonou qui donne la possibilité à la Commission de l’UE de leur imposer des sanctions en cas de problème de gouvernance. Les ACP, en particulier l’Afrique veut avoir un partenariat totalement décomplexé avec l’Europe et estiment que cet article n’aura plus à place dans le futur accord. Les ACP souhaitent aborder les questions politiques, relatives aux droits l’homme et aux libertés publiques dans le seul espace de concertation réservé aux dirigeants politiques et j’espère que les négociations permettront aux deux parties de se mettre d’accord sur la meilleure formule. Le monde a évolué. Un partenariat sans paternalisme ne peut qu’être à l’avantage des deux parties. Tenir compte de cette réalité dans les négociations est important.   

La possibilité d’un partenariat spécial entre les ACP et la Grande Bretagne n’est pas exclue

Craignez-vous une baisse des aides européennes avec le Brexit quand on sait que la Grande-Bretagne finance le Fonds européen de développement à hauteur de 17 % ?

La question d’aide au développement est une question très délicate et vous devez savoir que les ACP sont très bien conscients aujourd’hui que l’aide au développement n’est pas une panacée. L’aide au développement est bon, mais plus d’investissement européen dans les pays ACP et de justice dans les échanges commerciaux serait meilleur. Les ACP ont besoin plus d’investissement européen et de justice commerciale que d’aide. Pour revenir à votre question, il faut d’emblée dire que nous n’avons rien à craindre. Mieux, nous ne connaissons pas encore l’issue du Brexit. Au moment venu le Groupe ACP prendra acte de l’issue du Brexit quelle qu’elle soit. La possibilité d’un partenariat spécial entre les ACP et la Grande-Bretagne n’est pas à mon sens exclue, mais tout ceci doit être décidé et discuté au sein du Groupe ACPqui veut se positionner aujourd’hui comme une véritable institution de service aux peuples ACP. 

Les Accords de partenariat économique (APE, entre l’UE et les blocs régionaux) ont-ils une chance d’aboutir alors que les 54 pays de l’Union africaine projettent de mettre en place une grande zone de libre-échange continentale ? 

Les APE risquent d’être dépassés par la Zone de libre-échange continentale (Zlec). Quand cette zone se mettra en place, les APE disparaîtront d’eux-mêmes. Nous devrons renégocier un accord de partenariat économique pour toute l’Afrique sur la base d’une discussion franche. Cela devrait prendre du temps.

Que deviennent les pays d’Afrique du nord qui ne font pas partie des ACP dans ce dispositif ? 

Les pays du Maghreb ne sont pas concernés par le partenariat ACP-UE et ont leur propre dispositif de coopération avec l’Union européenne. Mais ces pays ont vocation à intégrer la Zlec. Nous allons devoir trouver une solution. L’objectif, c’est d’arriver, lorsque la Zlec sera effective, à un partenariat unique entre l’Europe et l’Afrique. Dans les années à venir, il n’est pas exclue que cela devienne une réalité. En tout cas, je suis optimiste et le temps nous en dira plus. 

L’Europe compte beaucoup sur l’Afrique pour enrayer la crise migratoire. Quelles sont vos propositions ?

La question de la migration africaine vers l’Europe est avant tout une question africaine parce ce sont les jeunes africains qui meurent en mers et/ou précarisent leurs vies. Nous allons faire des propositions aux Européens, notamment en termes de mobilité interafricaine, d’octroi de plus d’opportunités aux jeunes dans nos pays en Afrique, de gestion concertée des flux de migrants et de réfugiés, et de droits des migrants. Nous envisageons aussi développer des stratégies de communication à visée pédagogique pour encourager nos jeunes à rester et à se réaliser en Afrique puisque l’une des causes incontestables de la migration de nos jeunes vers l’Europe, ce sont les préjugés et les idées reçues sur l’Europe. Tout compte fait, nos experts sont en train de travailler sur ses propositions et nous en discuteront avec la partie européenne au moment venu. 

Quel partenariat préconisez-vous en termes de paix et de sécurité ?

Les questions relatives à la paix et à la sécurité vont occuper une bonne place dans le nouvel accord de partenariat ACP-UE. Les questions de sécurité et de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme seront discutées lors des négociations et les deux parties feront en sorte que le partenariat UE-UE soit un partenariat au service de la cause la paix et de la sécurité. Les deux parties savent bien que la paix et la sécurité font partie de la liste des « capabilités fonctionnelles de base » dont nos pays ont besoin pour travailler efficacement à leur développement et progrès économique. 

Le type de partenariat en termes de paix et de sécurité qui serait le mieux adapté est celui qui est en phase avec le travail endogène des ACP au service de la paix et la sécurité. En Afrique, en particulier ce partenariat doit être en phase avec le travail des organisations régionales (CEDEAO, CEEAC, SADC, etc.) et de l’Union africaine dans le domaine de la paix et de la sécurité. Le partenariat ACP-UE doit participer à l’effort de guerre contre l’extrémisme violent et le terrorisme en Afrique et dans le monde. 

L’Europe n’est-elle pas en train de se faire dépasser par des pays comme la Chine ?

La question ne pose pas en ces termes. Il faut plutôt prendre acte du fait que le monde a changé et prendre en compte cette évidence au plan des conduites à tenir. L’Europe doit travailler davantage à fidéliser ses partenaires ACP et africains. Le marché de la coopération en Afrique aujourd’hui est un marché de rudes concurrences. Tenir compte de cette évidence est un défi pour l’Union européenne. 

L’Europe doit composer avec la présence chinoise en Afrique comme une réalité historique qui l’invite à faire évoluer qualitativement et considérablement son partenariat avec le Groupe ACP et surtout avec l’Afrique. L’Europe ne doit pas perdre de vue la volonté clairement exprimée par les pays africains et l’Union africaine de traiter avec elle dans un strict rapport d’égalité. En restant attentive à l’Afrique en qui ce concerne cette exigence, l’Europe, je crois, pourra conserver sa position dominante.

Robert Dussey : “Il est dans l’intérêt de l’Europe que les ACP se développent”

Les négociations vont durer deux ans pour déterminer le nouveau cadre
entre le groupe ACP et l’Union européenne. Robert Dussey, ministre des
Affaires étrangères du Togo, détaille ici l’organisation et les enjeux de
ces rencontres capitales pour l’avenir des deux parties.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Vous présidez, au nom du Togo, les négociations devant conduire à un nouvel accord de partenariat ACP-UE devant relayer l’accord de Cotonou. Quelle est la composition de l’équipe de négociation du groupe ACP ?

L’accord de Cotonou qui sous-tend actuellement le partenariat ACP-UE arrive à terme en février 2020. Selon cet accord, Les négociations en vue d’un nouvel accord de coopération doivent commencer dix-huit mois avant sa péremption. Chacune des deux parties (Union européenne, Groupe ACP) s’apprête à entamer les négociations et c’est dans cette perspective que le Groupe ACP a créé le Groupe central de négociation (GCN) et les Équipes techniques de négociation (ETN).

Le GCN a des attributions précises. Il est chargé, suivant la décision du Conseil des ministres du groupe ACP lors de sa 105e session tenue en mai 2017, de superviser et de guider le processus de négociation.
Il a également en charge les thèmes et questions transversaux inscrits dans le mandat de négociation du groupe ACP et a deux niveaux hiérarchiques de responsabilité, le niveau ministériel et le niveau des
ambassadeurs.

Pour revenir à votre question, le GCN que le Togo préside est composé de douze pays membres. Chacune des six régions du groupe ACP à savoir les Caraïbes, le Pacifique, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et l’Afrique de l’Ouest est représentée dans le GCN par deux pays.
Les Caraïbes sont représentées dans le GCN par la Guyane et la Jamaïque, le Pacifique par Samoa et Papouasie-Nouvelle Guinée, l’Afrique centrale par le Cameroun et le Tchad, l’Afrique de l’Est par l’Éthiopie et le Kenya, l’Afrique australe par la Namibie et le Lesotho et l’Afrique de l’Ouest par le Nigeria et le Togo. Les douze pays membres du GCN ont chacun des suppléants régionaux qui les remplacent en cas d’indisponibilité ou de désistement. Si la responsabilité des négociations sur les thèmes et questions transversaux du mandat de négociation du Groupe ACP revient aux ambassadeurs représentants leurs pays dans le GCN, celle sur les piliers stratégiques du mandat revient aux ETN qui travaillent et rendent compte au GCN.

Le dispositif compte trois ETN dont la composition est axée sur les piliers tels que le commerce, investissement, industrialisation et service ; la coopération au développement, technologie, science et innovation ; le dialogue politique et plaidoyer. Les trois piliers stratégiques sont bien entendu facilement convertibles en piliers géographiques. Chacune des six régions du Groupe ACP est représentée dans chaque ETN.

Les Caraïbes sont représentés par la République dominicaine et Trinitéet- Tobago, dans l’ETN qui travaille sur Commerce, investissement, industrialisation et service ; par Grenade et Guyane dans l’ETN, qui travaille sur Coopération au développement, technologie, science et innovation et par Belize et Jamaïque dans l’ETN qui travaille sur Dialogue politique et plaidoyer.

Le Pacifique est représenté Papouasie- Nouvelle Guinée et Fidji, dans l’ETN qui travaille sur le pilier 1, par Samoa et Vanuatu dans celle qui travaille sur le pilier 2, et par Îles Salomon et Timor Leste. dans celle qui travaille sur le pilier 3.

L’Afrique centrale est représentée respectivement dans les trois ETN par le Cameroun et la Centrafrique, le Tchad et la République du Congo, le Gabon et la RD Congo ; l’Afrique de l’Est par Maurice et Tanzanie, Soudan et Somalie, Djibouti et Érythrée ; l’Afrique Australe par Afrique du Sud et Swaziland, Malawi et Zambie, Zimbabwe et Mozambique ; l’Afrique de l’Ouest par le Ghana et le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, la Gambie et la Guinée-Bissau.

Toutes les régions du Groupe ACP sont bien représentées dans le processus de négociations devant conduire à la signature d’un nouvel accord de partenariat entre l’Union européenne et les ACP

Les Africains vont-ils pousser pour renouveler l’approche des rapports entre l’Union européenne et les ACP ?

Absolument. Le monde a changé et les deux parties le savent bien. La coopération ACP-UE ne peut conduire au développement voulu et espéré par les ACP que si elle n’annihile pas leurs initiatives endogènes de développement, ne compromet pas, pour emprunter le mot à Amartya Sen, « les capabilités » des ACP par la désindustrialisation et le démantèlement de leurs économies.

Il est dans l’intérêt économique, stratégique, géopolitique, de l’Europe, que les ACP se développent. Penser le contraire serait un manque d’ambition et d’imagination.

La particularité du futur accord de partenariat ACP-UE réside dans sa structure. Il s’agira d’un accord composé d’un socle commun applicable à tous les membres du partenariat et de trois partenariats régionaux spécifiques révisables à intervalles réguliers. Les trois partenariats régionaux spécifiques à l’intérieur de l’accord dont il s’agira sont le Partenariat UE-Caraïbes, le Partenariat UE-Pacifique et le Partenariat UE-Afrique. Dans un schéma de ce genre, l’Afrique a la place qu’elle mérite et saura bien entendu choisir les éléments qui lui tiennent à coeur et qu’elle voudrait inscrire dans le nouvel accord de partenariat ACP-Union européenne

L’Afrique sera-t-elle en mesure d’intégrer ses priorités dans ces négociations où les thématiques sont déjà arrêtées?

Bien sûr ! Tout est possible dans le domaine des affaires humaines, voilà ma conviction. Comme je l’ai déjà dit, les ACP sont ouverts aux apports. Ils doivent rester ouverts et ceci pour la sérénité même du processus des négociations.

L’Afrique est libre d’enrichir le travail du Groupe central de négociation. Le GCN travaille pour tout le groupe ACP. Laisser la liberté à une partie du groupe ACP qu’est l’Afrique de définir ses priorités n’est pas incompatible avec le choix d’avoir un accord de partenariat post-Cotonou sous la bannière des ACP.

La nature du nouvel accord de partenariat à signer avec l’UE donne à l’Afrique la possibilité d’y intégrer ses priorités

La migration ne doit pas être le seul défi du post-Cotonou

Le négociateur en chef des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique appelle à plus d’imagination pour l’avenir des relations UE-ACP.

Robert Dussey est ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine du Togo et négociateur en chef du groupe ACP pour l’avenir des relations avec l’UE après la fin de l’accord de Cotonou.

La péremption programmée de l’accord  de Cotonou en 2020 n’est pas la fin du partenariat ACP-UE. Les deux parties sont actuellement en pourparlers et les négociations pour un nouvel accord de partenariat commenceront dès ce 1er octobre 2018. La nouveauté de l’accord envisagé réside dans sa structure. L’accord aura un socle commun applicable à tous les membres du partenariat et trois partenariats régionaux spécifiques à l’Afrique, aux Caraïbes et au Pacifique (ACP).

L’accord post-Cotonou doit aider à la réalisation du développement durable dans les pays ACP. Le droit au développement des peuples ACP, les ODD, l’accord de Paris sur les changements climatiques et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine doivent être au cœur du futur accord de partenariat ACP-UE.

Conclu en 2000 au Bénin, l’accord de Cotonou a façonné les relations entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) durant 20 ans. L’accord expire en 2020 et les négociations autour de son successeur doivent débuter début septembre.

Nous avons des raisons d’espérer, mais l’espoir dans l’avenir de notre partenariat n’est légitime que s’il repose sur l’engagement des deux parties à faire ensemble le chemin de la prospérité. Le partenariat ACP-UE ne peut tenir ses promesses que s’il n’annihile pas les efforts endogènes de développement des ACP, n’induit pas le démantèlement de leurs jeunes industries et économies.

Il nous faut plus d’ambition et d’imagination pour comprendre les enjeux nouveaux de notre coopération que nous souhaitons et voulons plus féconde, équitable et responsable. Les ACP espèrent moins la charité que la justice et l’équité dans les termes du futur accord de partenariat.

Les sujets à inscrire à l’agenda des négociations sont divers et toucheront des domaines telles que l’économie et l’investissement, la coopération au développement, la recherche et l’innovation technologique, les changements climatiques, la guerre à la pauvreté, la sécurité, le dialogue politique et la migration. Après attente des deux parties sur le socle commun de l’accord, les négociations sur les trois piliers régionaux seront lancées. L’objectif, c’est d’arriver à un accord qui tient vraiment compte des réalités et problèmes de chaque sphère géographique du groupe ACP.

L’avantage de cette approche est qu’elle donne à chaque région des ACP la possibilité d’influencer, ou, au besoin, de prendre en main les négociations techniques sur ses priorités stratégiques. L’approche est en phase avec la volonté des différentes régions, en particulier celle de l’Afrique clairement exprimée d’avoir un partenariat totalement décomplexé avec l’Europe dans un rapport de stricte égalité.

La question migratoire sera sans doute un point essentiel du pilier UE-Afrique de l’accord, mais elle ne doit pas éluder la pertinence des débats, impacter dans le sens négatif les termes de notre futur accord de coopération.

Au demeurant, nous restons convaincus que l’horizon du partenariat ACP-UE reste ouvert. Les prochaines négociations s’annoncent à grand pas. Les défis sont essentiels et les enjeux grands.  Un accord de partenariat vraiment juste et équitable entre l’Europe et les ACP aura, certainement pour l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, des retombées que les accords antérieurs n’ont jamais eues. Je voudrais finir avec une pensée de Gaston Berger: « Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. »

L’accord de Cotonou régit la coopération entre l’Union européenne et les pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique depuis 2000. Alors que sa révision doit commencer, son bilan apparaît mitigé.

UE-ACP Ouverture des négociations sur un nouvel accord de partenariat

DÉCLARATION DE L’HONORABLE PROFESSEUR ROBERT DUSSEY
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE LA COOPERATION ET DE L’INTEGRATION AFRICAINE DE LA REPUBLIQUE DU TOGO ET
NÉGOCIATEUR EN CHEF DU GROUPE D’ÉTAT ACP

Vendredi 28 septembre 2018, 10h00
New York, États-Unis d’Amérique


Votre Excellence, chers invités, Mesdames et Messieurs.

Permettez-moi d’abord de remercier le commissaire ministre d’avoir accepté de se comporter à New York.

En moins de deux ans, nous sommes appelés à renouveler les conditions de la coopération ACP-UE. Cette cérémonie lance officiellement le processus des négociations qui nous mènera à un nouvel accord. La signature d’un nouvel accord de coopération entre nos deux entités a été très utile, car l’Union européenne et les pays ACP ont encore des possibilités inexploitées d’explorer et d’exploiter ensemble. Pour paraphraser le titre d’un livre de Karl POPPER et Konrad LORENZ, l’horizon de notre coopération reste ouvert et il y a place à l’espoir pour l’avenir.

Pour l’avenir de notre coopération, l’espoir n’est justifié que s’il est basé sur un engagement commun à voyager ensemble sur la voie de la prospérité. Nous devons travailler ensemble pour réussir ensemble. La coopération ACP-UE ne restera fidèle à son ambition d’origine que s’il reste un partenariat au service du droit humain fondamental au développement des peuples ACP. Le principal défi pour les ACP reste la guerre contre le manque de développement et notre partenariat doit pouvoir aider les États membres ACP à relever ce défi.

Le lien entre le groupe ACP et l’UE était établi à l’article premier du chapitre 1 de l’accord de Georgetown, l’acte constitutif du groupe ACP, qui stipule que “les membres du groupe ACP sont les États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui sont signataires de la Convention de Lomé et du présent Accord. ” Le groupe ACP souligne que le partenariat ACP-UE est une réalisation unique et précieuse qui a renforcé les liens entre les peuples et les pays ACP et de l’UE au cours des 45 dernières années de son existence. L’ouverture des négociations aujourd’hui marque la continuité de la confiance dont les parties au partenariat ont besoin.

Des difficultés, des malentendus et des pièges peuvent surgir dans la coentreprise de négociations, mais nous devons rester fermes, utiliser notre «sagesse pratique» pour les surmonter. «La sagesse pratique», l’autre dénomination de la phronèse d’ARISTOTE, dit Paul RICOEUR dans son travail soi-même comme autre, «consiste à inventer un comportement juste adapté au caractère singulier du cas». Cela peut nous aider à surmonter les apories, les «désaccords raisonnables», les «illusions objectives» et les risques d’impasse inhérents à tout processus normal de négociation.

Cérémonie d'ouverture
Participants à la cérémonie d’ouverture

Nous devons veiller à ce que la coopération ACP-UE serve réellement la cause du développement des pays ACP. La coopération ACP-UE ne peut conduire au développement souhaité et espéré par les Etats ACP que si elle ne détruit pas leurs initiatives de développement endogènes, si elle ne transige pas – pour emprunter le mot à Amartya SEN – les «capacités» des pays ACP à travers la désindustrialisation et le démantèlement de leurs économies. C’est dans l’intérêt économique et stratégique de l’Europe que les pays ACP se développent. Penser autrement serait un manque d’ambition.

Nous avons besoin de plus d’ambition et d’imagination pour comprendre les nouveaux défis de notre coopération que nous espérons et souhaitons être plus fructueux, plus justes et plus responsables. Lorsque vous voyagez sur deux routes, vous avez besoin d’une lucidité essentielle pour ne pas marcher sur les pieds de vos compagnons de route. La lucidité, par son étymologie latine, signifie «lumière» et quelqu’un qui est lucide, dit Augustin Kouadio DIBI «est quelqu’un qui peut voir clairement, quelqu’un qui saisit les choses à la lumière». À la lumière, nous arriverons à un nouvel accord dans le meilleur intérêt de l’Europe et des pays ACP.

De nombreux sujets seront à l’ordre du jour des négociations à venir. Ces sujets concernent des domaines (à des fins d’illustration) tels que l’économie et l’investissement, la coopération au développement, la recherche et l’innovation technologique, le changement climatique, la guerre contre la pauvreté, la sécurité, le dialogue politique et les migrations. L’examen de tous ces sujets doit se faire dans un avenir proche dans une plus grande rationalité.

Parce que je reste convaincu que l’horizon de la coopération ACP-UE reste ouvert; que l’Union européenne et les pays ACP ont encore «un avenir possible» à explorer et à inventer ensemble, je voudrais terminer sur cette pensée du philosophe français de la prospection Gaston Berger dans son livre La Phénoménologie du temps et de la prospective: «Demain ne sera pas être comme hier. Ce sera nouveau et cela dépendra de nous. C’est moins à découvrir qu’à inventer ».

Bonne chance pour les négociations futures.
Merci de votre attention

Déclaration du Prof. Robert Dussey à la 73e Assemblée Générale des Nations Unies

Madame la Présidente de l’Assemblée générale,

Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,

Distingués délégués,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, avant toute chose, adresser les chaleureuses félicitations du Président de la République Togolaise S. E. M Faure Essozimna GNASSINGBE à Madame la Présidente pour son élection méritée à la Présidence de cette 73ème session ordinaire de l’Assemblée générale et, par la même occasion, lui assurer du soutien de mon pays le Togo.

Je voudrais, par la même occasion, rendre un hommage mérité à votre prédécesseur, Monsieur Miroslav Lajčák pour le coup de maître dont il a fait preuve durant sa Présidence de l’Assemblée Générale.

Il me plait particulièrement de saluer le sens des affaires humaines et la sagesse pratique du Secrétaire général, Monsieur Antonio Guterres, pour son engagement clairement exprimé et son travail quotidien en faveur des principes et valeurs de notre Organisation commune.

Madame la Présidente,

Je voudrais me féliciter de la pertinence du choix de la thématique de cette session. La thématique nous interpelle tous sur un enjeu essentiel parce que fondamental : décentrer l’exercice des responsabilités au niveau des Nations Unies pour mettre l’Institution en phase avec la réalité du monde. Le monde est pluriel et multipolaire. Tenir compte de cette évidence (l’évidence est selon Descartes ce qui ne trompe pas) élargira, à coup sûr, la base de légitimité et l’efficacité de notre Organisation dans le monde.

La réforme des Nations Unies est moins un souhait qu’une nécessité logique. Le monde a évolué, de nouveaux problèmes et nouveaux acteurs ont émergé, la planète est aujourd’hui en souffrance, l’extrémisme violent et le terrorisme menacent le monde, de nouvelles formes de responsabilité sont apparues. Notre Institution, en tant que pôle d’exercice de la responsabilité collective à l’échelle mondiale, doit se mettre à jour dans son organisation et dans son fonctionnement, si elle veut efficacement jouer son rôle d’institution de service à la communauté humaine. L’heure est, pour le dire dans le langage de l’épistémologue Thomas Kuhn, au changement de paradigme.

Madame la Présidente,

Je voudrais ici réitérer l’adhésion et le soutien de mon pays à l’initiative de réforme profonde de notre Organisation engagée par le Secrétaire général, qui a le mérite de reposer sur un processus ouvert et inclusif prenant en compte les trois principaux piliers institutionnels du système des Nations Unies, notamment la paix et la sécurité, le développement et la structure de gestion. Cette initiative de réforme axée sur la restructuration du pilier paix et sécurité aidera à rendre l’Institution plus pragmatique et efficace.

Le lien entre la paix, la sécurité et le développement n’est plus à démontrer. Sans la paix et la sécurité, il n’y a pas de développement durable, l’on ne saurait assurer le développement et bâtir des sociétés résilientes et durables. La nouvelle architecture de paix et de sécurité des Nations Unies doit donc être en relation intrinsèque avec le pilier développement élargi au respect et à la promotion des droits de l’homme ainsi qu’au renforcement de l’action humanitaire.

La réforme en cours devrait repositionner le système de développement des Nations Unies pour l’adapter aux nouvelles exigences liées à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 afin d’atteindre à terme les objectifs du développement durable et faire reculer les frontières de la pauvreté objective et celles des inégalités domestiques et mondiales.

Les Nations Unies doivent aider davantage à faire face au manque de développement du monde. Un pas de plus dans la guerre au déficit du développement aidera notre monde à faire sortir des pans entiers de populations à l’échelle du monde de la « misère de position » et de « condition », et permettra de leur redonner autonomie et pouvoir de contrôle sur leurs propres vies.

Le nouveau système de développement de l’Organisation doit s’accommoder avec la nécessité d’édifier un monde dans lequel chaque pays jouit d’une croissance économique soutenue, inclusive et durable. Il s’agit de réorienter le système avec d’importants ajustements au niveau des compétences, de la direction et des mécanismes de coordination et de responsabilisation.

Cette nouvelle restructuration des mécanismes de développement doit viser également la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Les défis des changements climatiques sont vitaux et la riposte ne doit pas attendre.

Evidemment, dans notre riposte aux défis des changements climatiques, une place non négligeable doit être faite à la promotion des partenariats et des mécanismes innovants de financement du développement, conformément au Programme d’action d’Addis-Abeba.

S’agissant du pilier gestion de la réforme en cours, nous observons avec satisfaction que les changements importants envisagés répondent à la nécessité d’améliorer les méthodes de gestion internes de l’Organisation en assurant la simplification des procédures, la décentralisation de l’action et l’investissement dans l’humain pour mieux répondre aux impératifs de développement durable et de construction d’un monde pacifique. Investir dans l’humain, c’est prendre parti pour le développement et la paix dans le monde.

Somme toute, la réforme dont il s’agit aujourd’hui vise à rendre les Nations Unies plus dynamique et capable. Les défis mondiaux actuels invitent au renforcement des capabilités de fonctionnements des Nations Unies.

Madame la Présidente,

Les défis auxquels l’Afrique fait face actuellement sont immenses. Notre continent reste confronté à de nouvelles formes de crises et de difficultés. L’Afrique abrite malheureusement aujourd’hui des foyers du terrorisme dans certaines de ses régions et pays où les populations qui aspirent légitimement à la quiétude font quotidiennement face aux actes de barbarie qui se nourrissent de l’extrémisme violent, de l’ignorance et l’intolérance religieuses, et du fanatisme idéologique.

La pauvreté persiste en Afrique et les populations africaines sont en quête du mieux-être. Les conséquences des changements climatiques sont terribles et, la migration décime et précarise un pan non négligeable de la jeunesse africaine.

Les enjeux actuels liés à la difficile question des migrations et des drames humains qu’elles engendrent interpellent notre conscience et sens de la responsabilité collective et appellent à des réponses adaptées et durables.

A cet égard, le Gouvernement togolais engage toutes les parties prenantes à privilégier l’approche participative et la logique du consensus dans le processus des négociations en cours et à œuvrer avec détermination pour l’adoption, à l’issue de la Conférence de Marrakech des 10 et 11 décembre prochains, d’un Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Vous conviendrez certainement avec moi que l’émergence des sociétés pacifiques, équitables, prospères et durables que nous appelons de tous nos vœux ne saurait être une réalité tangible si la priorité n’est pas donnée aux mécanismes de partenariats efficaces, innovants et mutuellement avantageux. Pour ce faire, l’ONU devrait, pour jouer pleinement le rôle de coordination qui lui revient, s’appuyer davantage sur les organisations régionales et sous-régionales dans les domaines de la paix et de la sécurité internationales et du développement.

Madame la Présidente,

A l’échelle africaine où se pose avec acuité le problème du développement, les gouvernants ont pris conscience de la nécessité d’accélérer le processus d’intégration régionale pour mutualiser les efforts de développement et les stratégies de lutte contre la pauvreté, comme le recommandent l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et le Programme universel du développement durable. Plusieurs initiatives sont actuellement en cours pour renforcer davantage cette intégration.

A cet égard, le Togo se réjouit de la désignation de son Président (S. E. M. Faure Essozimna GNASSINGBE) par ses pairs pour le pilotage du projet d’établissement du Marché unique du transport aérien en Afrique (MUTAA), un instrument important d’intégration économique du continent. L’effort se poursuit pour mobiliser les Etats pour la signature de l’Engagement solennel en vue de la création dudit marché.

Sur la question de la paix et de la sécurité internationales, la priorité aujourd’hui nous enjoint de renforcer la coopération internationale en matière d’opérations de maintien de la paix et de lutte contre le terrorisme. Nous devons redoubler d’efforts pour en finir avec les conflits, notamment en Afrique et dans bien d’autres régions du monde.

C’est le lieu ici de saluer, à sa juste valeur, le rôle prépondérant que les Nations Unies ont toujours joué dans le monde à travers les différentes missions d’opérations de maintien de la paix, dont la majorité, malheureusement, concerne l’Afrique.

Il me plait de me féliciter, au passage, de l’accord de paix intervenu entre les parties prenantes de la crise au Soudan du Sud et de plaider pour la mise en œuvre des engagements pris pour une issue politique et définitive au conflit qui perdure dans ce pays.

En tant que membre du Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine, nous estimons qu’une coopération davantage affermie entre les structures de maintien de la paix des Nations Unies et les mécanismes opérationnels de l’Union Africaine et des sous-régions est une impérieuse nécessité.

La résolution adoptée par l’Assemblée générale en juin dernier à l’occasion de l’examen biennal de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies nous rappelle cet impératif.

C’est à ce titre que le Gouvernement togolais se félicite de la tenue à Lomé, le 30 juillet 2018, à l’occasion du mandat du Togo à la Présidence en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, du premier Sommet conjoint des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO et de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) sur la paix, la sécurité, la stabilité et la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Cette rencontre, première du genre sur le continent, organisée à l’initiative des deux sous-régions, a permis de créer un cadre d’échanges sur les conditions préventives et opérationnelles de préservation et de maintien d’une paix durable dans l’espace commun des deux communautés.

Madame la Présidente,

Pour permettre à l’ONU d’affirmer son leadership et de jouer efficacement et pleinement son rôle de garante de la paix et de la stabilité internationales, il est primordial de poursuivre et d’achever le processus de réforme du Conseil de sécurité. La réforme de notre Organisation ne sera complète que si elle passe aussi par la réforme du Conseil de sécurité.

La nouvelle approche axée sur une vision partagée des responsabilités recommande que les solutions aux problèmes de paix et de sécurité internationales soient l’apanage de tous les Etats membres des Nations Unies. Ainsi, le Conseil de sécurité élargi, dans le souci d’une représentation et d’une implication équitables de toutes les régions du monde, contribuerait à le rendre plus efficace dans l’accomplissement de son importante mission.

Bien que mon pays se réjouisse des consultations tenues au cours de cette année, qui ont permis aux Etats et aux groupes constitués de faire des propositions et d’enrichir les discussions, il y a lieu de s’interroger sur l’issue de ce processus de négociations qui visiblement piétine depuis 28 ans.

Madame la Présidente,

Au plan national, le Togo a inscrit son action dans l’engagement commun des membres des Nations Unies quant à la réalisation des objectifs du développement durable.

Il est question principalement pour le Gouvernement de faire du Togo un pays à revenu intermédiaire, économiquement, socialement et démocratiquement stable et ouvert aux sollicitations du monde. Le Programme National de Développement (PND) adopté récemment, qui est en cohérence avec l’Agenda 2030 du développement durable, la Vision 2020 de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, ambitionne de transformer structurellement l’économie nationale pour une croissance durable, inclusive et résiliente.

Le Togo travaille à améliorer la qualité de vie de ses citoyens et à contribuer aux côtés des Nations Unies à réduire les poches de précarité dans notre monde en pleine transformation. A cet égard, je voudrais exprimer ma gratitude aux partenaires en développement qui se sont déjà manifestés pour accompagner mon pays dans cette ambitieuse et fastidieuse tâche.

Mesdames et messieurs,

Le développement durable promeut également le développement des droits humains. L’’instauration d’une société juste et libre est tributaire de l’édification d’un monde paisible et sûr.

A ce titre, le Togo poursuit résolument son processus de réformes constitutionnelles et institutionnelles en vue de consolider les acquis démocratiques et de garantir les droits et libertés à tous. Le Gouvernement, dans cette perspective, déploie des efforts pour une issue définitive et durable aux malentendus politiques que nous avons connus ces derniers mois, en continuant de rassembler la classe politique et la société civile autour des défis et des objectifs communs de paix, de progrès social et humain.

La CEDEAO dans un élan de solidarité régionale aide le Togo à conjuguer ses difficultés politiques. Cette institution noble, à travers la facilitation du Ghana et de la Guinée, a aidé la classe politique togolaise à s’entendre sur la recomposition paritaire de la Commission Electorale Nationale Indépendante en vue de la tenue programmée des élections législatives le 20 décembre 2018.

Madame la Présidente de l’Assemblée générale,

Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,

Distingués délégués,

Mesdames et Messieurs,

Le Secrétaire général des Nations Unies, feu Kofi ANNAN, qui nous a quitté le mois dernier, et à qui nous rendons un hommage mérité et de reconnaissance pour son engagement admirable au service de la paix dans le monde, disait ceci le 24 septembre 2001: « La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat. » C’est ensemble que nous allons pouvoir construire le monde que nous voulons laisser aux générations à venir.

Je vous remercie.

Interview : “Aujourd’hui, nous avons le Plan National de Développement (PND) et la contribution de la Chine pour ce Plan est très important…”

La capitale chinoise a abrité les 3 et 4 septembre, le septième Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), rencontre à laquelle ont pris part plusieurs chefs d’État africains dont le Président Faure Gnassingbé. La Chine va débloquer 60 milliards de dollars supplémentaires au développement économique des pays africains, a promis président chinois Xi Jinping.

Déjà lors du sommet Chine-Afrique, tenu en 2015 à Johannesburg, M. Xi avait annoncé une enveloppe de 60 milliards de dollars d’aide et de prêts pour l’Afrique.

Dans une interview à des journalistes, le ministre togolais des affaires étrangères Prof. Robert Dussey est largement revenu sur cette grande rencontre, axée sous le thème: »La Chine et l’Afrique: construire ensemble une communauté de destin encore plus solide par la coopération gagnant-gagnant ».

Savoir News : Monsieur ministre, le septième Forum sur la coopération sino-africaine appartient désormais au passé. Vous avez suivi les débats et même conduit la délégation togolaise au dialogue de haut niveau entre les Chefs d’État et le secteur privé chinois et africain. Quelles sont aujourd’hui, les retombées de ce sommet pour le Togo ?

Prof. Robert Dussey : Il faut d’abord noter que ce Forum a été un succès pour tout le continent africain et pour la Chine, et surtout pour la participation du président de la République Faure Gnassingbé qui, dans son intervention a noté des points essentiels. Vous savez que depuis que les chefs d’État et de gouvernement africains et chinois se retrouvent pour discuter des questions qui les concernent, il n’y a jamais eu un mécanisme de suivi et d’évaluation des différentes décisions qui sont prises. Donc sur  plan politique, le président Faure Gnassingbé, lors de son intervention, a proposéun mécanisme d’évaluation pour le suivi des décisions du focac. C’est ainsi que les chefs d’État africains et chinois ont décidé de la mise en place de ce mécanisme d’évaluation et de suivi pour permettre à la partie africaine, de contribuer aux résultats que nous attendons de ce Forum. Ainsi, les retombées pour le Togo sont à la fois politique, diplomatique et économique.

Sur le plan politique et diplomatique, c’est l’impression que le président de la Républiquea partagée avec ses pairs sur la mise en place de ce mécanisme d’évaluation et de suivi.

Le sur le plan économique, nous avons énormément de projets avec la Chine. Aujourd’hui, nous avons le Plan National de Développement (PND) et la contribution de la Chine pour ce Plan est très importante, vue toutes les actions qui doivent être menées dans le cadre de ce Programme.

Prof. Robert Dussey

Nous attendons que la Chine puisse nous apporter un soutien important. Mais il faut également noter que le PND est d’abord un programme togolais, donc c’est à nous (en tant que togolais) de présenter des projets qui doivent rentrer dans le cadre des discussions que nous aurons avec la Chine. Il y aura bien sûr des questions touchant l’agriculture, les infrastructures, l’éducation, la santé, la formation professionnelle et technique.

Prof. Robert Dussey

Nous pensons que le PND a aujourd’hui un partenaire sérieux qui est la Chine et nous verrons dans les jours à venir, comment le gouvernement mènera des discussions avec la partie chinoise pour avoir une contribution très importante de la Chine, afin de réaliser ce PND pour le bonheur des populations de notre pays.

Prof. Robert Dussey

Dans son discours lors de la première session de la table ronde de haut niveau des chefs d’État et de gouvernement à l’occasion du septième « Forum sur la coopération sino-africaine, le président Faure Gnassingbé a fait un plaidoyer en faveur des jeunes du continent, en ce qui concerne le +transfert de la technologie+.

La question de +transfert de technologie+ est une vieille question, elle n’est pas seulement entre la Chine et l’Afrique. Elle est également entre l’Afrique et tous les pays occidentaux. Les chinois disent qu’ils sont prêts à aider le continent africain dans ce domaine. Mais, il faut noter qu’il y a deux documents qui ont été adoptés lors de ce septième Forum sur la coopération sino-africaine: la déclaration de Beijing et le plan d’action de Beijing.

Prof. Robert Dussey

Dans le plan d’action, il est prévu un transfert de technologie. Mais je vous dis la vérité, il revient aux africains et à nous togolais, d’être prêts à recevoir ce transfert de technologie, parce que les formations seront faites, et il faudrait que nous puissions également être disponibles à accepter ces formations. Mais nous sommes optimistes, parce que nous bénéficions déjà de beaucoup de bourses sur la Chine et nous pensons qu’avec ce transfert de technologie, les étudiants togolais et les jeunes cadres togolais des différents ministères qui viennent en Chine, auront beaucoup davantage à bénéficier de la technologie chinoise, afin de travailler pour le Togo.

Prof. Robert Dussey

Pour le plan triennal (2019-2022/ Plan d’action du Forum sur la coopération sino-africaine), quelles seront les actions concrètes à mener jusqu’au prochain sommet ?

Vous savez, c’est décision continentale africaine. Et ce qui est important, c’est ce que nous, togolais, entendons tirer de l’annonce faite par le président chinois: 60 milliards de dollars donnés aux pays africains. Ce que nous devons Ce qui se fera dans les jours à venir, c’est bien sûr les projets que nous allons introduire. Ce plan triennal n’aura de sens que par rapport aux projets. Et pour nous, ces projets entrent dans le cadre du PND (qui s’est donné le défi de faire du Togo, la « plateforme économique par excellence » dans la sous-région).

Prof. Robert Dussey

Toujours dans son discours, le président togolais a insisté sur certains principes notamment le respect mutuel, la sincérité qui caractérise les relations entre l’Afrique et la Chine. Quel est au fait la particularité de la coopération entre l’Afrique et la Chine par rapport à la coopération avec d’autres structures ou d’autres pays ?

Je pense que s’il y a un forum entre les pays africain et non africains dans lequel toute l’Afrique se sent vraiment à l’aise, c’est le +Forum sur la coopération sino-africaine, parce que la particularité de l’échange entre l’Afrique et la Chine est liée au fait que les chinois ont une autre vision du monde: c’est d’abord le multilatéralisme, essentiellement un soutien au développement du continent africain.

Vous savez que la Chine est le plus grand pays en développement et le continent africain est le continent qui comprend beaucoup plus de pays en développement. Donc, africains et chinois sont sur la même longueur d’onde et l’aide que la Chine apporte au continent africain est une aide vitale. Les chefs d’État et de gouvernement africains n’ont pas hésité à féliciter le président chinois pour l’annonce faite. Ils savent qu’avec la Chine (aujourd’hui), on peut assurer un développement nettement meilleur, par rapport aux autres partenaires. Il ne s’agit pas de négliger ou de penser que les autres partenaires ne nous soutiennent pas. Le soutien de la Chine est déterminant pour le développement du continent africain, parce que les chinois connaissent mieux nos réalités. Et les chinois se passent parfois de certaines leçons que nous recevons de nos partenaires. Je crois que ça met à l’aise tous les chefs d’État et de gouvernement et ça met à l’aise tous les africains, parce qu’avec la Chine, on peut discuter et dans ces discussions on parle de business. Chez les chinois, la coopération est basée sur le principe win /win (gagnant-gagnang). Donc, il n’y a pas de problème, et c’est sans complexe que les chefs d’État africains travaillent avec la Chine, parce qu’elle est le partenaire qui comprend mieux les réalités africaines. FIN

Prof. Robert Dussey

Emile Eyonam KOUTON (envoyé spécial à Pékin)

En Chine, Faure Gnassingbé passe à l’offensive avec son Plan national de développement

Arrivé en Chine,  samedi, Faure Gnassingbé va faire d’une pierre deux coups, voire trois. Prendre part aux travaux du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) à Beijing, parrainer le business forum du Togo à Xiejang et surtout, faire la promotion du Plan national de développement, la nouvelle feuille de route quinquennale de son gouvernement.

Le Togo est fortement représenté en ce début de mois en Chine dans le cadre de ce forum qui se tient une fois tous les trois ans entre l’Empire du Milieu et les pays du continent africain. A la tête de la délégation, le président Faure Gnassingbé qui a fait le déplacement le week-end, accompagné de ses ministres de l’économie et des finances, Sani Yaya, et des affaires étrangères, Robert Dussey.

« Le Togo, en tant que pays frère de la Chine, a participé depuis le début aux travaux d’élaboration de ce nouveau mécanisme de construction qu’était la Focac. Il en est membre fondateur. C’est dans ce contexte que le Togo aura une participation active à un très haut niveau aux différents travaux prévus », selon la présidence togolaise. Et de rappeler que presque tous les grands projets de coopération bilatérale entre les deux pays ont été réalisés dans le cadre de ce forum, dont la nouvelle aérogare ayant nécessité un investissement de 150 millions de dollars de la China Exim Bank.

Après l’étape du Focac, Faure Gnassingbé est annoncé dans la Province du Zhiejang où le Togo organise un Business Forum destiné à mobiliser le financement les hommes d’affaires chinois pour le Plan national de développement. Avant d’effectuer une visite sur les installations du géant du commerce en ligne, Alibaba, du Hangzou Economic & Technological DevelopmentArea ainsi que d’autres entreprises.

Enfin, le chef de l’Etat togolais devra mettre le cap sur la province du Guangdong, 8ème province économique du pays en vue de nouer des partenariats dans le secteur textile.

« Nous savons qu’il existe des dizaines de millions d’emplois en Chine qui sont prêts à être délocalisés. Donc toutes les entreprises qui peuvent délocaliser leurs emplois au Togo sont toujours les bienvenues », a indiqué Faure Gnassingbé dans une entrevue accordée à la télévision chinoise.

4622,2 milliards de F CFA sur 5 ans

Au-delà du cadre politique, ces déplacements du président togolais visent donc à mobiliser des ressources pour le financement du Plan national de développement (2018-2023) adopté début août. Soutenue par la Banque mondiale dans son nouveau cadre de partenariat, le FMI, le PNUD, l’IFC, l’Alliance solaire internationale (ASI), la BAD et la BOADcette nouvelle stratégie du Togo ambitionne, selon ses concepteurs, un taux de croissance économique moyen devant se situer à 6,6%, et atteindre 7,6% en 2022.

L’agenda de Faure Gnassingbé en Chine prévoit aussi des rencontres avec des institutions financières et étatiques chinoises au rang desquelles se trouvent le conglomérat China Merchant Group, l’Eximbank de Chine, la China Development Bank et la Banque des BRICS. Objectifs, trouver de nouveaux financements pour le plan quinquennal d’un coût de 4622,2 milliards FCFA.

Mais déjà, Faure Gnassingbé a entamé sa stratégie d’identification d’investisseurs dans le cadre de la réalisation du PND. A cet effet, il a rencontré, dimanche, Zhang Mingfendl PDG de Zhongmei, et Shao Gang, CEO de China Tiesju Civil Engineering Group.

Faire de Lomé une plateforme financière et d’affaires de premier rang en Afrique

Par cet instrument des « 500 000 emplois directs décents », Lomé nourrit sa vieille ambition de devenir un hub logistique d’excellence et un centre d’affaires de premier ordre dans la sous-région. « Cette stratégie se concentrera sur l’amélioration des infrastructures et des procédures au Port de Lomé, pour l’instant, le seul en eaux profondes de la sous-région, le renforcement des infrastructures routières et le hub aérien, déjà très animé par la compagnie panafricaine Asky, partenaire d’Ethiopian Airlines et d’autres acteurs majeurs africains », selon un document officiel dont Financial Afrik a obtenu copie.

Par ailleurs, plusieurs projets sont attendus dans le numérique. « Des infrastructures clés devraient être renforcées pour augmenter la qualité des services fournis aux usagers dans ce secteur », précise-t-on.

LPND ambitionne aussi de révéler le Togo comme un centre de tourisme d’affaires et d’ériger Lomé comme plateforme financière et d’affaires de premier rang en Afrique. Il devra également s’atteler à développer des pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives, et permettre la consolidation du développement social et le renforcement des mécanismes d’inclusion.

Le Togo à la recherche de nouveaux partenaires

La VIIe conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) s’est achevée dimanche à Pékin. Les ministres togolais des Affaires étrangères et de l’Economie et des Finances, respectivement Robert Dussey et Sani Yaya, y participaient.

Une réunion en prélude au sommet Chine-Afrique qui s’ouvre demain.

La réunion était présidée par le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi et le ministre du Commerce, Zhong Shan.

De son côté, le président Faure Gnassingbé a reçu plusieurs responsables d’entreprises chinoises parmi lesquels Zhang Mingfeng, président de Zhongmei.

Cette entreprise spécialisée dans les infrastructures et l’agriculture a marqué son intérêt pour la future technopole agro-alimentaire d’Akodessewa (préfecture de Vo).

Le chef de l’Etat s’est également entretenu avec Shao Gang, qui dirige la China Tiesiju Civil Engineering Group également active dans le secteur des infrastructures.

Le sommet Chine-Afrique est un rendez-vous politique, mais c’est aussi l’occasion de nouer des partenariats économiques.

Une excellente opportunité pour le Togo qui compte s’appuyer sur le secteur public et privé chinois – mais pas seulement – pour lancer son Programme national de développement (PND).

Communiqué Final de la 53e Session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO

31 juillet 2018, Lomé, République Togolaise

1. La cinquante-troisième session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est tenue le 31 juillet 2018 à Lomé, en République Togolaise, sous la présidence de S. E. M. Faure Essozimna GNASSINGBE, Président de la République Togolaise, Président en exercice de la Conférence.

2. Etaient présents à cette session, les Chefs d’Etat et de Gouvernement
ci-après, ou leurs représentants dûment mandatés :

– S. E. M. Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso
– S. E. M.  Jorge Carlos de ALMEIDA FONSECA, Président de la République du Cabo Verde
– SE. M. Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire
– S. E. M. Adama BARROW, Président de la République de La Gambie
– S. E. M. Nana Addo Dankwa AKUFO-ADDO, Président de la République du Ghana
– S. E. Prof. Alpha CONDE, Président de la République de Guinée
– S. E. M. José Mário VAZ, Président de la République de Guinée Bissau
– S. E.M. Issoufou MAHAMADOU, Président de la République du Niger;
– S.E. M. Muhammadu BUHARI, Président de la République Fédérale du Nigeria
– S. E. M. Macky SALL, Président de la République du Sénégal
– S. E. M. Julius Maada BIO, Président de la République de Sierra Leone
– S. E. M. Faure Essozimna GNASSINGBE, Président de la République Togolaise.
– S.E.M. Aurélien A. AGBENONCI, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, de la République du Bénin
– S. E. M. Abdramane SYLLA, Ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine de la République du Mali
– S. E. M. GBEHZOHNGAR M. Findley, Ministre des Affaires Etrangères de la République du Liberia

3. Etaient également présents :

– S.E.M. Jean Claude Kassi BROU, Président de la Commission de la CEDEAO
– S. E. M.  Mohamed Ibn Chambas, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest et le Sahel (UNOWAS) ;
– M. Abdallah Boureima, Président de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ;
– M. EL-Ghassim WANE, Représentant du Président de la Commission de l’Union Africaine.

4. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont pris acte du rapport intérimaire 2018 du Président de la Commission de la CEDEAO ainsi que des rapports issus de la 80ème session ordinaire du Conseil des Ministres de la CEDEAO et de la 40ème réunion du Conseil de Médiation et de Sécurité.

5. Ils ont salué la qualité des rapports soumis ainsi que la pertinence des recommandations qui sont de nature à favoriser la réalisation des objectifs de la CEDEAO en matière de croissance et de stabilité de la région.

6. A l’issue de ses délibérations, la Conférence a entériné les principales recommandations contenues dans les différents rapports, puis a procédé à l’examen des questions spécifiques ci-après :

AU TITRE DE LA PERFORMANCE ECONOMIQUE ET DE LA MISE EN OEUVRE DES PROGRAMMES D’INTEGRATION REGIONALE

7.  La Conférence s’est félicitée des bonnes perspectives en matière de croissance économique de la région avec un taux de 3,2% en 2018 contre des réalisations de 2,3% et 0,2% en 2017 et 2016 respectivement. Cette évolution positive est due, entre autres, à la remontée des cours mondiaux des matières premières, en particulier le pétrole, les minerais (or, bauxite, fer), le cacao, le coton ainsi que les réformes économiques et les investissements dans le domaine des infrastructures.

8. Afin d’améliorer la résilience des Etats membres et de rendre plus stables et moins fragiles les sources de la croissance régionale, la Conférence les a exhortés à poursuivre les efforts de diversification des économies ainsi que la mise en place de politiques spécifiques en faveur des couches vulnérables pour une croissance plus inclusive.

Concernant la création de l’union monétaire

9.  La Conférence a pris acte des rapports des réunions de la Task Force Présidentielle pour le programme de la monnaie unique de la CEDEAO dont les conclusions et recommandations marquent des avancées importantes vers l’objectif de doter la région d’une union monétaire.

10.  Elle a félicité les Chefs d’Etat membres de la Task Force pour les progrès réalisés dans la mise en œuvre des activités de la Feuille de route de la monnaie unique de la CEDEAO pour les résultats atteints.

11. Au titre de la convergence macroéconomique pour l’année 2017, la Conférence a pris acte des progrès accomplis par les pays au niveau de l’ensemble des critères, particulièrement au niveau du critère clé du déficit budgétaire par rapport à l’année 2016. Elle a exhorté les Etats membres à poursuivre la mise en œuvre de politiques économiques vertueuses afin de respecter les critères de convergence.

12.  Au titre du régime de change, la Conférence a instruit le Président de la Commission de la CEDEAO d’organiser des concertations et des réunions avec le Groupe de travail, composé de la BCEAO, de la Central Bank of Nigeria et de l’AMAO afin de lui soumettre des propositions, avant la fin de l’année 2018. A cette occasion, l’harmonisation du cadre de la politique monétaire et le modèle de la future banque centrale seront également examinés.

13.  Elle a également instruit la Commission de la CEDEAO, en collaboration avec l’AMAO et les Banques centrales de la Communauté, à lui soumettre lors de sa prochaine session, des propositions de nom de la future monnaie commune.

14. La Conférence instruit la Commission à prendre toutes les dispositions pour l’implication effective de l’ensemble des Gouverneurs des Banques centrales dans le processus de création de la monnaie unique de la CEDEAO.

15. La Conférence a également pris acte de la Feuille de route révisée pour le programme de la monnaie unique ainsi que la création d’un Fonds spécial pour couvrir son besoin de financement. A cet égard elle demande que la Central Bank of Nigeria (CBN), la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Bank of Ghana prennent les mesures nécessaires pour le paiement de leur quote-part.

16. Elle a pris note des conclusions de l’étude sur « la Monnaie unique de la CEDEAO » réalisée par la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) qui précise les conditions optimales de la création de la future monnaie unique de la CEDEAO.

17. Le Sommet a souhaité une plus grande implication des Etats membres dans la réflexion et instruit la Commission à s’assurer que tous les pays soient informés des avancées.

S’agissant de la libre circulation des personnes et des biens

18.  Les Chefs d’Etat se sont félicités de la poursuite des actions en vue de l’application effective du Protocole sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d’établissement par la mise au point d’un mécanisme de suivi visant à faciliter l’évaluation régulière de l’application dudit Protocole. Ils ont engagé la Commission à prendre toute initiative visant à réduire les entraves à la libre circulation et d’en faire rapport aux autorités politiques des Etats membres concernés.

19. Concernant l’union douanière, la Conférence a félicité la Commission pour les dispositions prises pour la vulgarisation et l’application du code des douanes à la suite de son adoption en décembre 2017 notamment, la formation des douaniers ainsi que la poursuite de son accompagnement aux deux Etats membres qui n’ont pas encore mis en application le Tarif Extérieur Commun.

Accords de Partenariat Economique entre la région Afrique de l’Ouest et l’Union européenne

20. La Conférence, note que la non signature de l’APE régional par tous les Etats membres et la mise en œuvre des APE intérimaires pose des défis importants au processus d’intégration régionale. Dans le souci de renforcer la coordination des politiques régionales et la coopération avec l’Union européenne, le Sommet lance un appel aux partenaires européens visant à plus de flexibilité sur la question des APE notamment, sur le calendrier de la mise en œuvre des APE intérimaires.

Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA)

21. La Conférence s’est félicitée du lancement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) au cours du Sommet extraordinaire de la Conférence de l’UA tenu le 21 mars 2018 à Kigali, au Rwanda. Elle a pris note de la signature de l’Accord par plusieurs pays africains, et invite à cet effet les Etats membres n’ayant pas encore signé à accélérer le processus de leur adhésion.

22. La Conférence instruit la Commission de la CEDEAO d’assister les Etats membres en vue de dégager une position régionale sur les questions en suspens notamment les concessions tarifaires, la liste d’engagements spécifiques en matière de services et de règles d’origine.

Relativement au Développement Humain

23. S’agissant de l’éducation, la Conférence a félicité la Commission pour la mise en place de mécanismes visant à promouvoir les idéaux régionaux dans les établissements scolaires. Elle l’a invitée à aller vers l’incorporation dans les programmes, de modules pédagogiques portant sur l’intégration régionale.

24. Dans le domaine humanitaire et social, la Conférence a exprimé de nouveau sa préoccupation à propos de la situation des migrants africains se trouvant dans les centres de détention. Elle a invité la Commission à s’impliquer davantage dans la coordination des positions des Etats membres dans le cadre du processus sur le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Concernant le développement agricole et de la sécurité alimentaire

25. La Conférence s’est préoccupée de la forte détérioration de la situation relative à la sécurité alimentaire dans certains Etats membres avec des baisses sensibles de production par rapport à la campagne agricole 2016/2017 observées.

26. Elle s’est félicitée des mesures de mobilisation urgente de la Réserve Régionale de Sécurité Alimentaire qui concrétise l’appel qu’elle a lancé lors de son Sommet Extraordinaire tenu le 14 avril 2018 à Lomé, République Togolaise. Elle a appelé les Etats membres bénéficiaires à confirmer et honorer leur engagement de reconstitution du stock mobilisé, dans un souci de pérennisation de cet instrument régional de solidarité à l’égard des populations vulnérables. La Conférence a instruit la Commission de la CEDEAO à prendre les mesures nécessaires pour la mise à disposition au plus tôt, des denrées alimentaires aux pays affectés.

AU TITRE DE LA PAIX, DE LA SECURITE ET DE LA DEMOCRATIE

27. La Conférence réaffirme l’importance de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans l’espace CEDEAO. Elle réitère sa condamnation des attaques terroristes dans la région et exprime sa solidarité aux pays affectés.

28. Elle réaffirme sa détermination à lutter sans relâche contre le terrorisme et l’extrémisme violent. A cet effet, la Conférence se félicite des résultats probants enregistrés dans la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram.

29. La Conférence salue l’engagement des pays membres de la Force Multinationale Mixte du Bassin du Lac Tchad et de la Force Conjointe du G5 Sahel dans la lutte contre le terrorisme. A cet effet, elle lance un appel à tous les Etats membres de la Communauté, dans un esprit de solidarité communautaire, d’apporter un appui matériel, financier et technique aux forces armées des Etats membres engagées dans la lutte contre le terrorisme dans le Bassin du Lac Tchad et au Sahel. La Conférence demande au Conseil de Sécurité des Nations Unies de placer la Force du G5 Sahel sous le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies en vue de lui assurer un financement pérenne et multilatéral.

30. La Conférence exhorte les Etats membres à mettre en œuvre des mesures holistiques de prévention de la radicalisation, de l’extrémisme violent et du terrorisme. Elle réitère son appel aux Etats membres pour un meilleur partage de l’information et des renseignements.

31. La Conférence se félicite de la tenue le 30 juillet 2018 à Lomé, République Togolaise, du Sommet Conjoint des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO et de la CEEAC. Elle exhorte les Etats membres et la Commission à mettre en œuvre de manière diligente les décisions contenues dans la Déclaration de Lomé sur la paix, la sécurité, la stabilité et la lutte contre l’extrémisme violent adoptée par le Sommet Conjoint.

SUR LA SITUATION EN GUINEE-BISSAU

32. La Conférence se félicite des progrès notables enregistrés dans la résolution de la crise politique en Guinée Bissau depuis les mesures adoptées lors de sa Session extraordinaire sur la Guinée Bissau tenue le 14 avril 2018 à Lomé, République Togolaise. Elle encourage l’ensemble des acteurs politiques Bissau-Guinéens et la société civile à maintenir son engagement en faveur de la feuille de route, notamment pour le respect de la date du 18 novembre 2018 pour la tenue des élections législatives.

33. La Conférence exprime sa préoccupation quant à la lenteur dans la mise en œuvre du calendrier des élections législatives. A cet effet, elle lance un appel aux Etats membres et à la communauté internationale à apporter leur appui à la Guinée Bissau. Elle note avec satisfaction la contribution financière de un (1) million de dollars américains de l’UEMOA pour la préparation des élections législatives et décide de contribuer pour un montant de deux (2) millions de dollars américains.

34. Saluant les progrès réalisés depuis le Sommet du 14 avril 2018, la Conférence décide de lever les sanctions prises à l’encontre de certains acteurs politiques de la Guinée-Bissau.

SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE AU TOGO

35.  La Conférence a examiné le rapport présenté par les deux Facilitateurs leurs Excellences Monsieur Nana Addo Dankwa AKUFO-ADDO, Président de la République du Ghana et Professeur Alpha CONDE, Président de la République de Guinée, dans le cadre du mandat qui leur a été confié par la Conférence en date du 14 avril 2018.

36. Le Sommet a félicité les deux facilitateurs et noté avec satisfaction les progrès et les acquis qui ont été enregistrés. La Conférence se félicite de l’engagement des parties prenantes à maintenir l’esprit de concertation et de dialogue en vue de favoriser une résolution durable de la crise.

37. A l’issue des échanges, la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement a convenu de ce qui suit :

38. Elle encourage le Gouvernement togolais à poursuivre les mesures de confiance et d’apaisement en accélérant les procédures judiciaires relatives aux personnes arrêtées lors des manifestations politiques et d’étudier la possibilité de mesures additionnelles en faveur de ces personnes.

39. La conférence des Chefs d’Etat condamne tout recours à la violence notamment l’usage d’armes réservées aux forces publiques et appelle les citoyens les ayant dérobé au cours des manifestations à les restituer aux autorités compétentes.

40.  Elle appelle, par la même occasion, les acteurs politiques et la société civile de s’abstenir, en toute circonstance, des actes et propos susceptibles d’alimenter de nouvelles tensions et de compromettre les efforts en cours. Elle exhorte les forces de sécurité à faire preuve de professionnalisme dans leur mission de maintien d’ordre, de préservation de la sécurité des biens et des personnes.

41. La conférence des Chefs d’Etat exhorte le Gouvernement à procéder à la révision intégrale du fichier électoral en vue de l’organisation, le 20 décembre 2018, des Elections législatives.

42. La Conférence invite le Gouvernement et les acteurs politiques à œuvrer en vue de l’adoption des réformes constitutionnelles en prenant en compte, entre autres, les points suivants :

– Le mode de scrutin à deux tours pour l’élection du Président de la République ;
– La limitation à deux, du nombre de mandats présidentiels ;
– La recomposition   de la Cour Constitutionnelle pour notamment revoir sa composition et limiter le nombre de mandat de ses membres
– Le renforcement du processus électoral.

43. La conférence des Chefs d’Etat recommande l’adoption de ces réformes par la voie parlementaire en vue d’accélérer le processus de leur mise en œuvre. Le cas échéant, ces reformes seront soumises aux consultations électorales.

44. La Conférence se réjouit des dispositions envisagées par le Gouvernement Togolais dans la préparation, l’organisation et le déroulement d’élections transparentes, crédibles et inclusives à travers notamment :

– L’accélération et la finalisation du recensement électoral pour établir des listes électorales fiables ;
– La possibilité pour les Togolais vivant à l’étranger de voter dans leurs lieux de résidence lors des élections nationales ;
– Le déploiement des observateurs électoraux

45. La Conférence félicite l’opposition pour son esprit d’ouverture et son sens de la Responsabilité et d’avoir souscrit au dialogue pour la satisfaction de ses revendications.

46. Elle invite toutes les parties à s’inscrire dans le strict respect de la Constitution togolaise.

47. La Conférence des Chefs d’Etat salue la volonté d’ouverture et de dialogue permanent du Président de la République Togolaise, et note avec intérêt sa disponibilité à travailler avec toutes les forces vives de la nation.

48. Elle a également demandé à la Commission de la CEDEAO d’apporter son appui et son expertise technique dans l’organisation et le déroulement des prochaines élections.

49. La Conférence renouvèle son soutien aux deux Facilitateurs du dialogue inter-togolais et leur demande de poursuivre leurs efforts en vue d’une résolution rapide et durable de la situation socio-politique au Togo et de lui rendre compte lors de sa prochaine session.

50. La Conférence des Chefs d’Etat décide d’instituer un comité de suivi composé des représentants des facilitateurs, de la majorité au pouvoir, de la coalition des 14 partis de l’opposition et de la Commission de la CEDEAO pour assurer le suivi de la mise en œuvre des présentes décisions.

51. Elle instruit la Commission de la CEDEAO de poursuivre son soutien aux facilitateurs.

SUR LA SITUATION EN GAMBIE

52. La Conférence se félicite de l’évolution positive de la situation politique dans le pays marquée par la tenue, avec succès, des élections locales le 12 mai 2018. Elle se félicite également du lancement du Plan National de Développement (2018 – 2021) et lance un appel aux partenaires au développement afin qu’ils confirment leurs promesses d’appui à ce Plan, effectuées lors de la Conférence des bailleurs tenue, le 22 mai 2018 à Bruxelles.

53.  La Conférence encourage le Gouvernement à accélérer la mise en œuvre effective et coordonnée du Programme de réforme du secteur de la défense et de la sécurité.

AU TITRE DES ELECTIONS DANS LA REGION

Elections au Mali

54. La Conférence félicite tous les partis politiques pour le déroulement pacifique du processus électoral du 29 juillet 2018. Elle appelle l’ensemble des acteurs politiques à continuer d’observer une attitude républicaine et au respect des résultats issus de ces élections.

AU TITRE DE LA TRANSHUMANCE

55.  La Conférence exprime sa vive préoccupation face à la multiplication des conflits violents entre éleveurs et agriculteurs du fait de la transhumance et condamne fermement les nombreuses pertes en vies humaines liées à ces conflits et la stigmatisation de catégories spécifiques de la population. Elle instruit les différents acteurs à mettre en œuvre les mesures identifiées lors de la réunion d’Abuja tenue le 26 avril 2018 devant permettre de prévenir et de gérer pacifiquement ces conflits.

AU TITRE DES QUESTIONS INSTITUTIONNELLES

Prestation de Serment du Président de la Commission de la CEDEAO et d’autres Fonctionnaires statutaires, au sein des Institutions de la Communauté

56. La Conférence a pris acte de la prestation de serment du nouveau Président de la Commission de la CEDEAO, M. Jean Claude Kassi Brou, et l’a félicité pour sa nomination.

57. La Conférence a pris acte de la prestation de serment de cinq (5) nouveaux juges à la Cour de Justice Communautaire au cours de sa séance d’ouverture.

58. Elle a également félicité tous les autres fonctionnaires statutaires et les a encouragés à poursuivre la cause de l’intégration et du développement régional au sein de leurs institutions respectives.

59. La Conférence a exhorté le Président de la Commission à accélérer la réalisation des programmes et projets d’intégration régionale.

COOPERATION INTERNATIONALE

60. La Conférence exprime sa gratitude à l’ensemble des partenaires au développement de la CEDEAO, pour le soutien apporté en faveur de la consolidation de la paix, de la sécurité et de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.

REFORME INSTITUTIONNELLE 

61. La Conférence a pris note des progrès réalisés, dans le cadre du processus de réforme institutionnelle de la CEDEAO, notamment en ce qui concerne la réorganisation des institutions et des agences de la Communauté, pour accroître leur efficacité ainsi que des mesures mises en œuvre afin de renforcer les mécanismes de contrôle interne au sein de l’ensemble des institutions.

62. La Conférence a donné des instructions au Président de la Commission pour l’accélération des mesures de réforme institutionnelle, en mettant l’accent sur l’amélioration de la performance et la modernisation des institutions communautaires.

ELECTION DU NOUVEAU PRESIDENT DE LA CONFERENCE

63. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont élu Son Excellence Muhammadu BUHARI, en qualité de Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, pour un mandat d’un an. Ils félicitent le Président BUHARI et lui souhaite plein succès dans sa mission.

DATE ET LIEU DU PROCHAIN SOMMET

64. La prochaine session ordinaire de la Conférence se tiendra le…décembre 2018 à Abuja, Nigeria. La Conférence exprime ses sincères félicitations à S.E. Faure Essozimna Gnassingbé, Président de la République Togolaise, pour son engagement indéfectible en faveur de l’intégration régionale et pour le leadership exemplaire dont il a fait preuve dans la conduite des affaires de la Communauté.

Fait à Lomé, le 31 juillet 2018
LA CONFERENCE

Résumé du rapport Final – 53ème Sommet de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO

Lomé, le 31 juillet 2018

I. INTRODUCTION

1. La 40ème réunion ordinaire du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO au niveau des Ministres s’est tenue le 7 juillet 2018, à Lomé, en République Togolaise. Elle a été consacrée à l’examen de la situation politique et sécuritaire de la région, avec un accent particulier sur la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Togo. Les délibérations ont également porté sur un certain nombre de sujets dont la situation politique et de sécurité dans la région, le statut de l’établissement des zones maritimes F et G, l’opérationnalisation des Centres multinationaux de coordination maritime (MMCC) de la CEDEAO, le rapport de la réunion ministérielle sur la Transhumance et la mise en place des Centres d’Alerte Précoce et de Réponses.

2. La réunion, a été présidée par S.E. Prof. Robert DUSSEY, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération et de l’Intégration Africaine de la République Togolaise, avec la participation de tous les membres du Conseil de Médiation et de Sécurité.

3. Le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ont également participé à cette réunion comme observateurs.
II. DEROULEMENT DES TRAVAUX

4. Le Conseil a écouté le rapport de la 28ème réunion du Conseil de Médiation et de Sécurité au niveau des Ambassadeurs tenue le 20 juin 2018 à Abuja, en République Fédérale du Nigeria et présenté par Son Excellence Léné DIMBAN, Représentant Permanent de la République Togolaise auprès de la CEDEAO. Il a pris note du rapport ainsi que des conclusions et recommandations qui y sont contenues.

5. Le Conseil a délibéré sur les points suivants :

a. Mémorandum sur la situation politique et sécuritaire dans la région

6. Le Président de la Commission de la CEDEAO a présenté au Conseil le Mémorandum sur la situation sécuritaire dans la région en mettant l’accent sur les points suivants :

7. En ce qui concerne la Gambie, il en ressort que le climat politique en Gambie est resté relativement calme au cours de la période considérée. Cependant, la Gambie reste toujours confrontée à de sérieux et profonds problèmes sécuritaires avec des conséquences de grande envergure. Cependant, la mise en œuvre des réformes du secteur de la défense et sécuritaire (RSDS) est toujours en suspens, même si elle a été examinée lors de la Conférence des donateurs sur la Gambie tenue à Bruxelles le 22 mai 2018. Les promesses faites par les partenaires internationaux lors de la Conférence des donateurs s’étaient élevées à 1,45 milliard d’euros.

8. A la suite de discussions sur ce point, le Conseil soumet à la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement les principales recommandations suivantes :

i. Proroger le mandat de la MICEGA à son expiration prévue à la fin du mois de juillet 2018.
ii. Exhorter les autorités gambiennes à développer une architecture et une politique nationales de sécurité, principalement par le biais de la Réforme du Secteur de Défense et de Sécurité (RSDS) ;
iii. Encourager les autorités gambiennes à assurer une coordination efficace et efficiente des activités compte tenu de la multiplicité des partenaires internationaux disposés à soutenir la Gambie, et en particulier la réforme de son Secteur de Défense et de Sécurité (RSDS).
iv. Instruire la Commission de la CEDEAO à aider le pays à mettre en place le cadre et le mécanisme nécessaires au dialogue national et à la réconciliation nationale ;
v. Instruire également la Commission de la CEDEAO à apporter son soutien aux opérations conjointes entre ECOMIG et les agences de sécurité gambiennes ;

9. Concernant la Guinée Bissau, un point de la situation politique a été fait par la Commission de la CEDEAO depuis le Sommet extraordinaire sur la situation en Guinée-Bissau tenu le 14 avril 2018 à Lomé (Togo), au cours duquel les autorités ont adopté un nouveau calendrier comme suit :

– La nomination de M. Aristides Gomes en tant que Premier ministre par consensus. Un Décret présidentiel a officiellement entériné cette nomination le 17 avril 2018
– La tenue des élections législatives le 18 novembre 2018.

10. Le Conseil a salué les progrès réalisés pour sortir de l’impasse politique et a pris note de la réouverture de l’Assemblée nationale le 19 avril 2018, le vote du programme et du budget du gouvernement par le Parlement, la nomination des membres de la Commission électorale nationale et la prorogation du mandat de la législature actuelle. Le Conseil a noté que, conformément au calendrier, un gouvernement inclusif a été formé et que les membres de la Commission Electorale Nationale ont été nommés afin de préparer les élections législatives prévues pour le 18 novembre 2018. Tout en notant les progrès qui ont été accomplis jusqu’à présent, le Conseil a exprimé sa préoccupation quant à la lenteur dans la mise en œuvre chronologique du calendrier électoral et des difficultés rencontrées pour financer les élections.

11. Au terme des discussions, le Conseil soumet à la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement les principales recommandations suivantes :

i. Exhorter les parties prenantes de Guinée-Bissau à rester fidèles à leurs engagements envers la Feuille de route adoptée le 14 avril 2018 à Lomé et à créer l’environnement politique propice et mettre en place la logistique nécessaire au bon déroulement des élections législatives de novembre 2018.
ii. Appeler tous les Etats membres à soutenir, dans la mesure de leur capacité, le processus électoral en cours en Guinée-Bissau ;
iii. Proroger le mandat de l’ECOMIB pour maintenir les avancées qui ont été faites dans le domaine de la sécurité dans le pays ;
iv. Exhorter les autorités de la Guinée-Bissau à continuer les préparatifs pour les élections législatives prévues en novembre 2018 ;

12. En ce qui concerne la situation politique au Togo, le Conseil a pris note de la nomination par la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de leurs Excellences Messieurs Nana Addo Dankwa Ako-Addo, Président du Ghana et Alpha Condé, Président de la République de Guinée en tant que Facilitateurs de la CEDEAO pour aider le Gouvernement togolais et les acteurs politiques à finaliser les réformes constitutionnels et politiques conformément aux délais légaux, aux normes et principes démocratiques.

13. Le Conseil a pris note des differentes consultations menees dans le cadre de la facilitation, notamment la réunion consultative sur la situation socio-politique au Togo, tenue le 20 mai 2018 à Lomé sous la présidence de M. Albert Kan-DAPAAH (Ministre de la sécurité nationale de la République du Ghana, représentant Nana Addo Dankwa AKUFO-ADDO). Le Conseil a été informé que cette réunion, à laquelle le Président de la Commission de la CEDEAO, Son Excellence Monsieur Jean-Claude KASSI BROU a également participé, a renouvelé l’appel à tous les partis politiques togolais et aux parties prenantes de la société civile à s’abstenir de tout acte de violence.

14. Au terme des discussions, le Conseil soumet à la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement les principales recommandations suivantes :

i. Encourager un dialogue politique inclusif avec toutes les parties prenantes pour parvenir à un résultat mutuellement acceptable ;
ii. Continuer à soutenir les processus de médiation des Présidents du Ghana et de la Guinée;
i. Instruire la Commission de la CEDEAO à accompagner le processus de médiation mené par les Présidents du Ghana et de la Guinée en fournissant l’appui technique ;

15. En ce qui concerne le terrorisme dans la région et dans le bassin du lac Tchad, le Conseil a noté que la situation dans la région reste fragile en raison des activités incessantes d’extrémisme violent et de terrorisme.

16. Le Conseil a noté les succès remarquables enregistrés par le Nigeria et la Force Multinationale Mixte dans l’éradication de Boko Haram. Le Conseil a noté que malgré le fait que Boko Haram a été grandement affaibli et ne contrôle plus aucune partie du territoire nigérian, les attaques suicidaires contre des cibles vulnérables sont encore d’actualité. Il a également été noté la persistance de la menace malgré la diminution du nombre d’attentats terroristes, due aux diverses initiatives menées par le gouvernement fédéral du Nigeria et la Force Multinationale Conjointe.

17. Concernant le Mali, le Conseil a noté que la situation en matière de sécurité s’est détériorée au fil des mois avec une intensification des attaques asymétriques contre les civils, les forces de défense et de sécurité internationales et la MINUSMA. L’absence des autorités locales augmente également la vulnérabilité de la population et le risque de radicalisation des jeunes.

18. Toutefois, le Conseil a pris note des récentes avancées dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger, notamment :

– La mise en place des autorités intérimaires dans les cinq régions du Nord ;
– Un budget de plus de 8 milliards de francs CFA est disponible au titre de l’année 2018 pour les dotations d’investissement et d’appui technique auxdites autorités ;
– L’opérationnalisation du MOC (Mécanisme opérationnel de coordination) de Gao, Kidal et Tombouctou ;
– L’amorce du processus de DDR avec le démarrage de la phase de pré-enregistrement des ex-combattants ;
– L’absence de belligérance entre les Forces Armées Maliennes (FAMA) et les Mouvements signataires, d’une part, et l’effectivité, depuis août 2017 de la trêve conclue entre les mouvements signataires (CMA et Plateforme) d’autre part ;
– L’entrée en fonction du Centre Carter en qualité d’Observateur indépendant et la production de son premier rapport sur la mise en œuvre de l’Accord.

19. Le Conseil salue ces développements encourageants et exhorte le Gouvernement du Mali à poursuivre les efforts dans la mise en œuvre de l’Accord en vue de la stabilisation du pays.

20. Concernant le Burkina Faso, le Conseil a été informé de la situation sécuritaire du pays, globalement caractérisée par des attaques terroristes, principalement dans sa partie nord. En réponse à cette situation, et outre les mesures de ripostes militaires, le Burkina Faso a développé le programme d’urgence pour le Sahel (PUS) d’un montant d’environ 500 milliards de francs CFA en vue d’accélérer le développement de cette région. Par ailleurs, en tant que membre du G5 Sahel, le Burkina Faso a sollicité l’appui de la CEDEAO à cette organisation dans le cadre de l’opérationnalisation de la Force Conjointe.

21. Tout en se félicitant des résultats probants enregistres sur le terrain militaire, le Conseil a toutefois estimé qu’il était nécessaire que d’autres mesures adéquates soient prises pour contenir les activités terroristes. A cet effet, il encourage l’échange d’informations et de renseignements entre les Etats membres, ainsi que des solutions durables à long terme pour prévenir l’extrémisme violent et la radicalisation.

22. Au terme des discussions, le Conseil soumet à la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement les principales recommandations suivantes :

i. Réitérer la condamnation ferme de tous les actes terroristes et réaffirmer la détermination des Etats membres et de la Commission de la CEDEAO à mettre un terme à ce fléau ;

ii. Instruire la Commission de la CEDEAO à mettre en œuvre efficacement les décisions adoptées par le Conseil de Médiation et de Sécurité lors de ses dernières sessions ;

iii. Saluer l’initiative de la tenue prochaine du Sommet conjoint CEDEAO-CEEAC sur thème : « Paix, sécurité, radicalisation et extrémisme violent dans l’espace CEDEAO-CEEAC » à Lomé le 30 juillet 2018, et appeler la Commission à prendre les mesures diligentes pour réussir l’organisation de ce Sommet.

23. Concernant les derniers développements sur les élections dans la région, le Conseil a noté avec satisfaction que les élections générales tenues le 31 mars 2018 en Sierra Leone se sont déroulées de manière professionnelle avec le soutien de la CEDEAO, les Parlementaires de la CEDEAO et d’autres partenaires internationaux.

24. Sur le Mali, le Conseil a pris note des préparatifs en vue de la tenue de l’élection présidentielle prévue pour le 29 juillet 2018 dans un contexte politique et sécuritaire fragile. Il a noté le déploiement de la mission d’évaluation pré-électorale de la CEDEAO et de la mission déployée par la Commission de la CEDEAO pour évaluer l’environnement de sécurité avant les élections. Le Conseil a été informé que la campagne électorale a débuté ce 7 juillet 2018 et de la disponibilité des carte d’électeurs biométriques.

25. Il convient de souligner qu’un Mémorandum spécifique sur les élections au Mali sera soumis à l’examen de la présente Conférence au cours de sa session à huis-clos.

b) Mémorandum sur l’établissement des zones maritimes F et G et l’opérationnalisation des Centres Maritimes Multinationaux de Coordination de la CEDEAO (CMMC)

26. Le Conseil a examiné le Mémorandum ci-dessus cite et a relevé la nécessité d’accélérer la signature des divers Accords Multilatéraux au niveau ministériel afin d’établir les zones maritimes F et G et les Protocoles additionnels relatifs aux Accords Multilatéraux sur la création, l’organisation et le fonctionnement des Centres Multinationaux de Coordination Maritime de Zones E, F et G.

27. Au terme des discussions, le Conseil soumet à la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement les principales recommandations suivantes :

i. Autoriser la signature des Accords Multilatéraux en vue de l’établissement des Zones maritimes F et G visant à éradiquer les activités illicites dans l’espace maritime de l’Afrique de l’Ouest et des Instruments juridiques sur la création, l’organisation et le fonctionnement des Centres Maritimes Multinationaux de Coordination (CMMC) des Zones maritimes E, F et G.

c) Présentation du rapport de la réunion ministérielle sur la transhumance

28. Le Conseil a écouté le rapport de la réunion des Ministres chargés de la sécurité et de l’agriculture/élevage sur la transhumance de la CEDEAO tenue le 26 avril 2018 à Abuja, présenté par le Ministre de la Défense de la République Fédérale du Nigeria, le General de Division (à la retraite) Mansur Muhammad Dan Ali. Le Conseil a pris note des conclusions et recommandations contenues dans le rapport et appelé la Commission de la CEDEAO à prendre les mesures diligentes pour leur application.

d) Briefing sur les Centres Nationaux d’Alerte Précoce

29. Le Conseil a été informé de l’état de mise en œuvre du mécanisme d’alerte précoce et de réponse dans les dix (10) Etats membres restants. Le Conseil s’est également félicité de l’opérationnalisation prochaine du Centre d’Alerte Précoce en Guinée Bissau, tout en mettant l’accent sur l’urgente nécessité de mettre en place les mêmes mécanismes dans les 10 autres Etats membres restants.

III. MOT DE CLOTURE

30. Dans son mot de clôture, S.E. le Prof. Robert DUSSEY, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération et de l’Intégration Africaine de la République Togolaise et Président du Conseil de Médiation et de Sécurité, a exprimé sa gratitude aux membres du Conseil pour la qualité des délibérations et déclaré la réunion close.

FAIT À LOME, LE 31 JUILLET 2018
………………………………………………………………………

S. E. le Prof. Robert DUSSEY
PRESIDENT DU CONSEIL

Coopération : Exemption de VISA entre le Togo et la Centrafrique

L’intégration africaine se concrétise davantage. les togolais iront en Centrafrique sans visa et réciproquement. Les Togolais souhaitant se rendre En Centrafrique n’auront plus besoin de visas. Les ministres des Affaires étrangères du Togo et de Centrafrique, respectivement Robert Dussey et Charles Armel Doubane, ont signé un accord d’exemption dimanche à Lomé.

Cette mesure concerne tous les passeports : les passeports ordinaires, de service et diplomatiques.

Discours de bienvenue du Prof. Robert DUSSEY lors de la réunion interministérielle du sommet conjoint CEEAC- CEDEAO

Lomé, 28 juillet 2018

Mesdames et messieurs les Ministres de la CEDEAO,
Mesdames et messieurs les Ministres de la CEEAC,
Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
Monsieur le Secrétaire Général de la CEEAC,
Mesdames et Messieurs,

Le Togo se sent honoré à chaque fois qu’il accueille un événement de ce niveau. Je voudrais, au nom du Président de la République Togolaise et Président en exercice de la CEDEAO, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE, vous souhaiter la bienvenue dans notre ville cosmopolite où nul visiteur n’est étranger.

Vous êtes chez vous et je vous invite à vous sentir à l’aise. Le poète et dramaturge latin TERENCE auquel certains prêtent des origines africaines disait dans un accent très togolais : « Je suis homme, et je ne considère rien de ce qui est humain comme m’est étranger.» Quiconque visite le Togo constate et vit son régime humaniste de l’hospitalité. Pour le Togo, l’accueil de l’autre, qui qu’il soit, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, est plus qu’un devoir. L’être humain où qu’il arrive, disait le philosophe Kant dans son livre Projet de paix perpétuelle, a doit droit à l’hospitalité. D’ailleurs la valeur d’hospitalité est l’une des valeurs que nos sociétés africaines ont encore à enseigner au monde. Vous ne me démentirez pas !

Mesdames et Messieurs les Ministres, chers collègues,

Votre présence à Lomé répond à un impératif de l’heure : celui de la coopération interrégionale pour mieux faire face à certains défis cruciaux communs auxquels sont confrontés nos deux régions. Elle traduit l’option capacitante ou capabilisante de la CEEAC et de la CEDEAO pour le travail dans la coopération. Je salue cet esprit entre nos deux communautés régionales et reste convaincu que le projet d’intégration à l’échelle africaine passe par le renforcement de la coopération régionale et interrégionale. L’organisation conjointe de ce sommet est un exemple de coopération intra-africaine bien réussie.

Nous devons intensifier la coopération entre nos communautés. L’organisation conjointe de ce sommet CEEAC et CEDEAO sur la paix, la sécurité, la stabilité et la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme est la preuve que la coopération interrégionale est en marche en Afrique. La coopération, de par son étymologie latine, signifie travailler ensemble à une œuvre commune. La CEEAC et la CEDEAO ont bien compris que c’est ensemble que nous devons assumer la responsabilité de la sécurité de notre espace interrégional et le sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement du 30 juillet qui sera sanctionné par une déclaration commune est une très belle illustration.

L’extrémisme violent et le terrorisme où qu’ils soient menacent la paix et la stabilité où qu’elles soient. En se mettant ensemble pour faire face ensemble aux périls extrémiste et terroriste, nos deux communautés ont pris la mesure du danger et compris que l’agir synergique est gage d’efficacité. En prenant l’initiative de ce sommet, les deux Présidents en exercice de la CEEAC et de la CEDEAO ainsi que les deux Institutions communautaires ont compris que la forme qu’ont prise aujourd’hui les défis sécuritaires et les incertitudes qu’ils induisent en termes de développement et de sécurité humaine rend indispensable l’agir synergique. Le défi étant collectif, la riposte ou l’action doit l’être aussi.

La sécurité est un besoin humain vital, un bien public communautaire et interrégional que nous devons défendre à tout prix. « Il y a des guerres justes », dit André MALRAUX dans l’un de ses ouvrages dont le titre est L’espoir. La guerre contre le terrorisme et pour la sécurité et la stabilité régionale et interrégionale est une guerre juste. Pas de progrès et de développement humain sans la paix et la sécurité.

La riposte militaire s’impose contre le danger extrémisme et terroriste, mais elle n’est pas un remède suffisant. Nos deux régions sont appelées à gagner la guerre contre l’ignorance, la radicalisation, les fondamentalismes et les extrémismes. Il s’agit de sevrer le terrorisme de ses terreaux favorables par la prévention qui implique l’éducation à la lucidité. C’est par l’éducation à lucidité que nous aurons raison des endoctrinements, des radicalismes et des extrémismes dont se nourrit le terrorisme. Pour avoir raison du terrorisme, il faut gagner le combat de l’éducation, ici entendue au sens holistique du terme.

En vous réitérant ma fraternelle bienvenue dans notre capitale, dans votre capitale, je vous souhaite bon et agréable séjour à Lomé.

Je vous remercie.         

Sommet CEDEAO/ CEEAC : “Tout Est Prêt”, Selon Le Ministre Robert Dussey

Lomé sera sous les feux de la rampe dans quelques jours. Et pour cause, la capitale togolaise abrite le sommet conjoint des Chefs d’Etat de la CEDEAO et ceux de la CEEAC et la rencontre des Chefs d’Etat de la CEDEAO respectivement les 30 et 31 juillet prochains. Dans une interview accordée à nos confrères de l’Agence Savoir News, le Chef de la diplomatie togolaise, Prof Robert Dussey est revenu essentiellement sur l’organisation du sommet CEDEAO/ CEEAC. Le ministre des Affaires étrangères de la coopération et de l’intégration africaine, martèle que tout est prêt pour cette rencontre de haut niveau.

Lire ci-dessous l’intégralité de l’interview.

Savoir News : Monsieur le Ministre, tout est fin prêt pour cette grande rencontre ? Sinon, quels sont les derniers réglages ?

Robert Dussey: Lomé, la capitale togolaise est historiquement connue de  tous, pour être le carrefour des grandes conférences internationales.  Cette année, nous avions abrité une dizaine de rencontres sous-régionales et internationales dont celles des ACP-UE, soit les 79
des ACP et les 28 de l’UE, et celles de deux importants organes de la CEDEAO, à savoir le Conseil de Médiation et de Sécurité, et le Conseil des Ministres des Affaires étrangères. Le Président de la République Faure Gnassingbé et son gouvernement travaillent pour assurer une parfaite organisation de toutes les grandes rencontres qu’accueille Lomé, et, à la grande satisfaction de tous les togolais. A l’heure où je vous parle, nous sommes totalement prêts, et, sur tous les plans.

Deux rencontres ont eu lieu ces derniers jours à Lomé en prélude à ce sommet ? Pouvez-vous revenir sur ces deux rencontres pour nos lecteurs ? Et de quoi les participants avaient discuté ?

Comme partout ailleurs, tous les sommets de Chefs d’État et de gouvernement sont précédés de plusieurs sessions préparatoires, notamment celles des experts et des ministres. Ce fut le cas il y a quelques jours, c’est-à-dire les 10, 11 juillet 2018 à Lomé, où les  experts de la CEDEAO et de la CEEAC ont discuté sur la paix, la sécurité, la stabilité, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, la thématique qui sera au cœur du sommet inédit des Chefs d’État et de gouvernement des deux espaces communautaires. Évidemment la  réflexion sur cette thématique a permis de passer au peigne fin la  situation sécuritaire dans les deux espaces communautaires, mais aussi  les stratégies nationales de lutte contre le terrorisme, ainsi que les  instruments juridiques en la matière et la déclaration finale.

Environ combien de chefs d’État et de gouvernement sont attendus à ce  sommet, car le Togo a une forte tradition en matière de mobilisation de  chefs d’État pour ces grandes rencontres.

Un petit calcul des pays membres de la CEDEAO et de la CEEAC, et vous le  saurez (rire) ! Nous attendons une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement.

Un sommet CEDEAO-CEEAC …. Quels seront les principaux sujets au menu des débats ?

Je vous le disais, les débats seront axés sur la paix, la sécurité, la stabilité, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Il s’agira pour la CEDEAO et la CEEAC d’avoir une forte implication dans la sécurisation des deux espaces, gage de toutes perspectives de croissance ou de développement de nos nations. FIN

Propos recueillis par Junior AUREL (Savoir News)

CEDEAO : Réunion du Conseil de médiation à Lomé

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a présidé samedi à Lomé la 40e session ordinaire du Conseil de médiation et de sécurité de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Il avait à ses cotés Jean-Claude Brou, le président de la Commission.

Les participants ont pris lecture du mémorandum sur la situation politique et sécuritaire dans la sous-région, notamment en Guinée Bissau.

Dans ce pays en proie à une forte instabilité, ‘la situation a évolué très favorablement grâce à la médiation menée par le président Faure Gnassingbé. A ce jour toutes les recommandations sont bien respectées par tous les acteurs’, a indiqué Kadangha Limbiyè Bariki, le chef du Comité d’administration et des finances de la Cedeao.

La question togolaise a également été abordée. M. Bariki a indiqué que les deux facilitateurs mandatés par l’organisation travaillaient sur le dossier. ‘

‘Les deux présidents (de Guinée et du Ghana, ndlr) sont en train de réfléchir et dans les jours nous aurons aurez une solution positive pour tout le monde’, a-t-il précisé.

Le Conseil a enfin abord débattu sur l’opérationnalisation des centres maritimes multinationaux de coordination et sur la transhumance.

Le Conseil de médiation et de sécurité regroupe les ministres en charge de la Défense, de la Sécurité et des Affaires étrangères des Etats membres.

Cet organe est chargé de prendre, au nom de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, les décisions liées à la paix et la sécurité et de mettre en œuvre les politiques de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité dans la sous-région.

Derniers préparatifs avant le sommet de Nouakchott

Les dirigeants de l’Union africaine (UA) se retrouvent dimanche à Nouakchott pour un sommet axé sur le renforcement de l’intégration continentale.

Ce 31e sommet ordinaire de l’UA a pour thème le combat contre la corruption. Les participants parleront intégration et réformes de l’organisation, mise en œuvre de la Zone de libre échange, marché unique du transport aérien, stabilité, lutte contre le terrorisme, crise migratoire …

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, prend part depuis le début de la semaine aux réunions préparatoires.

Le président Faure Gnassingbé, en charge du dossier de l’Open Sky, continental, fera le déplacement à Nouakchott.

[Interview] Robert Dussey: “Le Togo et Israël ont une très bonne coopération bilatérale”

La plupart des Israéliens auraient du mal à trouver le Togo sur une carte ou à en citer un fait significatif. C’est un petit pays qui figure rarement dans les titres israéliens. Et pourtant, c’est l’un des endroits les plus pro-Israël sur le continent africain. Il n’est donc pas étonnant que le ministre des affaires étrangères togolais, le professeur Robert Dussey, commence son interview avec la déclaration selon laquelle “je suis venu ici pour rassurer [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu que le Togo soutiendra Israël. Notre soutien à Israël est constant. “

Officiellement le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine, Dussey est l’une des figures politiques les plus fortes de son pays (et de l’ensemble du continent). Il pense à Israël comme à sa deuxième maison, à la fois spirituellement et politiquement. Tellement en fait, qu’il ne peut même pas se rappeler combien de fois il a visité Israël.

La raison de ce lien profond avec le peuple de Sion peut résider dans le fait qu’avant d’être nommé ministre, pendant 10 ans, Dussey a occupé différents postes dans la Communauté des Béatitudes. Pour ce groupe catholique, le bien-être d’Israël et du peuple juif est une priorité absolue. Depuis qu’il était moine catholique et jusqu’à ce jour, Dussey récite des prières quotidiennes en hébreu, maintenant un lien spirituel fort avec Israël.

Dussey a 46 ans. Il a commencé sa carrière dans le monde académique (il travaille toujours comme professeur de philosophie politique). Au cours de notre interview, il commence spontanément à chanter la prière du Shema Yisrael dans l’air spécial de sa communauté. À un autre moment de l’entrevue, il a mentionné les Psaumes 137: 5: «Si je t’oublie, ô Jérusalem, que ma main droite oublie son habileté.

“J’ai un lien personnel avec Israël”, dit-il. “J’étais moine et j’étais membre de la Communauté des Béatitudes qui prie chaque jour pour le peuple juif. Chaque jour, nous prions pour la paix pour Israël et en particulier pour la paix à Jérusalem. Le week-end, nous célébrons Shabbat ensemble, et après la prière, nous partageons le pain du Shabbat et chantons des chansons de Shabbat en hébreu. Si vous avez ce lien spirituel avec le peuple juif et avec Israël, vous devez protéger le peuple israélien. “

“Pour moi, le peuple israélien et le peuple juif sont, avant tout, le peuple de Dieu. C’est une décision personnelle, c’est ma propre conviction et je ferai tout pour cette conviction. J’ai passé plus de 10 ans de ma vie à prier pour la paix à Jérusalem, en priant pour le peuple juif et pour Israël. Pour moi, Israël est très important et je dois défendre Israël et le peuple d’Israël. “

Le timing de l’interview d’Israël Hayom avec Dussey était particulièrement pertinent pour souligner le soutien intransigeant du Togo à Israël – il a eu lieu un jour avant que l’Assemblée générale des Nations Unies vote une résolution condamnant Israël, mais pas le Hamas, pour les affrontements frontaliers de Gaza . Dussey a précisé que le représentant togolais à l’ONU irait contre le grain et, encore une fois, être parmi les seuls émissaires à voter contre la résolution avec les Etats-Unis et Israël.

“Je sais qu’au Togo nous sommes courageux”, dit-il. “Tout le monde sait que le Togo soutient Israël à chaque fois. Ce n’est pas la première fois que nous votons pour Israël dans des forums internationaux. À Genève par exemple, au Conseil des droits de l’homme, le Togo vote pour Israël, il défend la position d’Israël. C’est notre position, nous la défendons. “

Q: D’où vient cette connexion profonde avec Israël?

“Le Togo et Israël ont une très bonne coopération bilatérale et bien sûr, elle se renforce de plus en plus. L’année dernière, nous étions censés accueillir un sommet, le premier sommet israélo-africain. Malheureusement, le sommet a été reporté. Le Togo a été soumis à de nombreuses pressions de la part de nombreux pays arabes et de certains pays africains. Mais j’espère que nous le ferons dans le futur. “

Le Togo a été le seul pays africain à voter avec Israël et les Etats-Unis pour bloquer une résolution de l’ONU condamnant la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre. De manière générale, malgré le fait que le Togo n’a pas d’ambassade à Jérusalem, la position pro-israélienne du pays s’est considérablement intensifiée ces dernières années.

Mais en même temps, le Togo veut conserver son statut en Afrique (le Togo est à la tête de l’important organisme régional CEDEAO, qui comprend 15 pays africains, par exemple), s’assurant ainsi de maintenir de bonnes relations avec ses voisins.

Q: Y a-t-il eu une forte réaction en Afrique quand le Togo a voté avec Israël sur Jérusalem à l’ONU?

“Bien sûr, vous savez que nous avons reçu beaucoup d’appels de différentes capitales dans le monde. Ils ont condamné notre décision, mais nous avons pris cette décision. “

Q: Pensez-vous que le Togo a le pouvoir d’influencer d’autres pays à soutenir Israël de la même manière?

“Je pense que c’est possible, mais notre vision est le dialogue avec tous les pays africains, pour savoir exactement ce qui se passe dans cette région. Ce dont nous avons besoin c’est la paix au Moyen-Orient et en Israël et partout dans le monde.

“Certains pays africains ne savent pas ce qui se passe vraiment dans cette région, mais nous discutons avec eux, nous essayons d’expliquer à nos interlocuteurs et de les laisser prendre leurs propres décisions. Nous croyons que nous trouverons la paix quand Dieu décidera. “

Q: D’autres pays veulent souvent utiliser l’expertise israélienne en matière de défense, dans la guerre contre le terrorisme et dans l’agriculture. Le Togo partage-t-il ce désir?

“Bien sûr, nous partageons beaucoup de choses avec Israël. Nous avons une bonne coopération dans notre secteur de la santé et dans notre secteur agricole. Par exemple, juste pour notre secteur de la santé, nous avons inauguré il y a trois semaines le premier centre de traumatologie au Togo, l’un des meilleurs de la région ouest-africaine. … Notre coopération bilatérale est très bonne.

“En Afrique, et au Togo, nous avons d’énormes ressources, mais malheureusement nous n’avons pas l’expertise pour exploiter nos ressources. Israël a de l’expertise, nous avons beaucoup d’ingénieurs et nous avons besoin de votre expertise pour venir en Afrique pour nous aider avec nos ressources. “

Q: Le président du Togo a dit que vous voulez qu’Israël retourne en Afrique et que l’Africain retourne en Israël. Que veut-il dire par là?

“Je soutiens mon président. Si je suis ici, c’est parce qu’il est l’un des meilleurs amis d’Israël. Sa vision de la coopération entre Israël et l’Afrique est très bonne. Pour lui, c’est très simple, nous avons besoin que le peuple israélien revienne en Afrique. Avant 1980, Israël était en Afrique, Israël avait beaucoup d’ambassades en Afrique, au Togo … mais nous avons besoin qu’Israël revienne en Afrique, l’homme d’affaires israélien doit revenir en Afrique, les hommes d’affaires israéliens doivent investir là-bas.

Q: Alors, comment se fait-il que malgré les relations bilatérales étroites, la plupart des Israéliens ne connaissent pas vraiment bien le Togo?

“Le Togo est un pays d’Afrique de l’Ouest; c’est juste un pays parmi 54 pays africains. Nous voulons présenter le Togo à tous dans le monde, particulièrement en Israël. Peut-être que vous pouvez venir, si vous voulez connaître l’Afrique, c’est une porte vers l’Afrique de l’Ouest. “

Q: Vous êtes probablement le seul professeur qui est également ministre au gouvernement. Est-ce que cela vous met dans une meilleure position pour résoudre les problèmes, étant donné que vous êtes un théoricien politique? Avez-vous déjà essayé de mettre en œuvre des théories académiques en politique?

“J’essaye de faire de mon mieux. Quand vous êtes en politique, vous devez passer de la théorie à la pratique. Ce n’est pas facile quand vous devez travailler ou prendre position pour défendre Israël. Mais c’est notre décision. “

Q: Avez-vous un exemple d’une théorie que vous avez essayé de mettre en œuvre?

“Vous savez, mon philosophe préféré est Emmanuel Kant – j’ai fait mon doctorat. sur lui, je lui apprends. L’un des meilleurs livres qu’il a écrit était «la paix perpétuelle».

Q: Est-ce applicable ici dans cette région?

“Je pense que c’est possible si tu as la volonté de faire quelque chose …”

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Source : http://www.israelhayom.com/2018/06/24/i-will-do-everything-for-israel-togolese-foreign-minister-says/